L’Homme de l’hiver de Peter Geye
Actes Sud 2017, 360 pages
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Rabinovitch (Wintering 2016)

« Certaines personnes la jugeaient folle. D’autres – celles qui la connaissaient de longue date – disaient folle à lier. »

Richard Russo a dit ce roman (le troisième de l’auteur, mais le premier traduit en français) : « La dernière fois que j’ai lu un thriller littéraire aussi profond, il y avait le nom de Cormac McCarthy sur la couverture. Mais Peter Geye n’a pas besoin de comparaison et « L’Homme de l’hiver » est aussi unique et d’une beauté aussi menaçante que son décor, aux confins du Minnesota. » Une sacrée incitation en ce qui me concerne, et le roman ne déçoit pas. Narrée en mélangeant les époques, son intrigue débute dans les années 90 alors qu’Harry, âgé et en train de devenir sénile, fugue. Sa compagne depuis trente ans et son fils se racontent mutuellement l’homme qu’ils ont connu, en remontant même aux sources de cette famille aussi bien que de la petite ville où elle est installée. L’épisode central se situe en 1963, année où Harry a emmené son fils dans un hivernage glacial et dramatique. La tension de cet épisode (avec son atmosphère très forte, la nature, la survie, l’hostilité des éléments – et des hommes…) laisse régulièrement la place à tous ces sentiments si forts et si purs qui ne laissent entrevoir qu’à travers d’infimes petits gestes et attitudes, et le contraste fonctionne à merveille. Un roman de taiseux qui s’inscrit dans une longue conversation, le paradoxe est joli, et réussi.

« Certaines personnes disent que c’est une folie, ou que seuls les imbéciles s’y laissent prendre, mais j’ai vécu de ces trois manières – sans amour, avec le désir de l’amour, et avec l’amour – et j’affirme que la dernière est de loin la meilleure. »

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