David Bowie n’est pas mort de Sonia David
Robert Laffont 2017, 174 pages

 

« Ce n’est pas pour rien qu’on s’attache aux symboles. Parfois, ils savent si bien dominer la réalité. »

Quand j’ai vu passer les Matchs de la rentrée littéraire de Price Minister, je n’ai rien demandé. Je sais – depuis le temps – qu’il suffit de l’o-bli-ga-tion d’écrire une chronique sur un roman pour que je l’entame emplie de préventions, à reculons, oh la barbe, c’est une lecture dix-fruits-et-légumes-par-jour, laissez-moi respirer, que diable. Mais ils sont venus me chercher en boite mail. Vous n’avez qu’à choisir, qu’ils disaient. Le livre que vous voulez. Il sera beau, il sera tout à vous, vous en ferez ce que vous voudrez. J’ai cédé. #MRL17. J’ai cédé parce que je me souvenais avec tendresse du premier roman de Sonia David : « Les petits succès sont un désastre », paru en 2012. Elle y disait : « La différence entre un bon exercice de style et un vrai texte, c’est la nécessité, et le désir. » Je ne doute absolument pas de la nécessité pour elle – et de son désir – d’écrire ce nouveau roman (estampillé roman, mais tout est vrai, à n’en pas douter) (« Disons que c’est un mélange de vrai et de faux, de faux dans le vrai, et de vrai dans le faux.« ), mais j’ai lu un exercice de style, et non un vrai texte. J’en suis désolée.
Anne, Hélène et Emilie, trois soeurs à la cinquantaine, perdent leur maman. Un an plus tard, c’est leur père qui décède à son tour, laissant aussi Juliette, leur demi-soeur plus jeune. Entre-temps, c’est la mort de David Bowie qui ravivera la mémoire de la narratrice quant à une complicité – qu’elle croyait inexistante – avec sa soeur Anne.
Que dire… Je ne suis pas parvenue à m’impliquer dans ces pages qui évoquent les mouvements et les courants des relations familiales, du rôle de chacun à l’intérieur d’une fratrie. L’irruption de Bowie ne m’a pas semblé fluide – ni même pertinente, à vrai dire. La plume est élégante, on lit ces 174 pages facilement mais, pour ma part, en restant en permanence spectateur et donc avec – j’ai honte – un peu d’ennui. Ce que j’avais pas du tout ressenti avec son premier roman : 

« Les petits succès sont un désastre »
Robert Laffont 2012, 419 pages.

« Elle m’avait prise en flagrant délit de moi-même, ce que je trouve toujours vexant, et plus encore de l’avouer. »

Premier roman, une bande d’amis, Montmartre, des apéros-rituels, une fille qui écrit un roman sur tout ça, à la façon d’un grand fourre-tout, une partie qui serait le roman et l’autre qui serait la vie parlant du roman, en croisant un peu encore, en inversant, en élevant le truc et en retombant dans la fiction pour distraire, bref, un petit mélange fort sympathique bien que pas très original, au fond, et qui voudrait traiter en gros de ce qu’évoque Philippe Roth lorsqu’il déclare : « Quand un écrivain naît dans une famille, alors la famille est foutue.« .

J’ai aimé Rose, en premier lieu, narratrice de quarante ans, traductrice qui s’éprend des auteurs qu’elle traduit, qui fait un usage immodéré des « issimes ».

J’ai aimé sa bande de potes, le quotidien dans lequel ils se débattent plus qu’ils n’évoluent, qu’elle invente une histoire d’amour-amitié-cul avec l’un d’entre eux, les interviews de certains, ce qu’il s’y dit de l’amitié, la réflexion engendrée par le vrai/faux roman à son sujet, les auteurs qu’elle m’a donné envie de lire ou de découvrir
(Youozas Baltouchis (La Saga de Youza)
Jay McInerney (Moi tout craché)
Zeruya Shalev (« Son écriture ressemble à une longue arabesque dérouléee à l’infini, une phrase faite de méandres et de boucles, une phrase comme une sorte d’orgasme, le désir s’étire encore et encore vers le plaisir, il y a des pauses, il faut reprendre son souffle, et puis un mot en appelle un autre qui appelle une caresse, un baiser, tous les doigts en urgence, autre pause et ça repart jusqu’à l’ultime assouvissement. Tu sais quoi ? Ça baise à couilles rabattues, là-dedans. Ça fait le love en veux-tu en voilà. Totale classe.« )

J’ai aimé les dialogues :
– Quand tu as le physique de Newman, c’est facile d’être un type bien.
– Je pense exactement le contraire. Plus tu es beau, moins tu as le sentiment d’avoir besoin d’être autre chose. Les types beaux et bien, c’est rare.
— Pas tant que ça, regarde François Hollande, par exemple.
– Mais il n’est pas beau !
– – Si, mais ça ne voit pas, c’est la différence.« )

J’ai aimé que tout ceci ne soit pas mièvre, que les personnages aient un peu de bouteille, de vécu, sans avoir encore basculé plus avant, j’ai aimé sentir que ça remuait bien, tout ça, qu’il y avait de la vie et des coups tordus et des coups durs et des choses qu’on ne comprend pas bien, même quand c’est nous qui les faisons, bref, j’ai aimé parce que j’y ai cru, et qu’un truc qui n’est pas exactement du charme mais qui tourne autour de ça (une vivacité, une sincérité, une envie de jouer, tout en s’offrant) éclate à chaque page.

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