Une histoire des loups d’Emily Fridlund
Gallmeister collection Nature Writing 2017, 294 pages
Traduit de l’américain par Julianne Nivelt (History of Wolves 2017)

 

« Aujourd’hui encore, il y a tant de gens qui admirent le manque. Ils pensent que le manque vous aiguise, comme la beauté, faisant de vous quelque chose qui pourrait les blesser. Inconsciemment, ils y mesurent leur propre force, se préparant soit à vous plaindre, soit à vous combattre.»

L’été de ses quinze ans a traumatisé Madeline, sorte de cerise sur le gâteau d’une enfance et adolescence qui ne manquait déjà certes pas de carences. Elle nous annonce l’épilogue dès sa première phase, Paul, le petit garçon de quatre ans qu’elle baby-sitait, est mort. Comment, pourquoi, et dans quel contexte, c’est ce que le roman décortique en procédant systématiquement par annonce : pas de suspens quant aux faits, ils sont toujours anticipés. Mais alors pourquoi donc se sent-on tellement mal à l’aise, au bord d’une certaine panique, comme toujours prêts à jeter l’éponge, c’est bon, c’en est assez, ce roman n’est pas pour moi, tandis qu’on tourne fébrilement les pages en s’enfonçant dans une intrigue qui nous fait forte impression et dont on ne pourrait quitter l’univers très consistant ? Je crois que c’est exactement le but et il est atteint. Dans ses remerciements, Emily Fridlund, dont c’est le premier roman, mentionne en premier Aimee Bender, et ça a fait tilt : voilà. J’ai retrouvé ici toute l’ambiguïté de mes ressentis face à sa prose, un mélange de fascination et de mise en retrait, un engagement comme malgré moi et l’incertitude quant à mon appréciation finale. Ce qui est certain, c’est qu’il s’agit d’une autrice, d’une véritable écrivaine. Un style, un ton, une voix, un inconfort propres à titiller mes neurones et, finalement, une sacrée histoire dont la narration tourne en cercles concentriques autour de ce fameux été, en présentant les conséquences très concrètes dans la vie adulte de Maddy. Avec en prime, bien sûr, la forêt, personnage majeur de ces pages que j’ai dévorées.

Le billet de Cathulu.

 

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