188 mètres sous Berlin de Magdalena Parys
Agullo 2017, 375 pages
Traduit du polonais par Margot Carlier et Caroline Raszka-Dewez (Tunel 2011)

« Les petits soucis n’avaient pas leur place ici, chacun avait ses gros problèmes. »

On entre dans ce roman par un prologue, dans lequel deux hommes en questionnent un troisième sur la mort d’un quatrième. Filip Kreifeld est-il mort d’une crise cardiaque en 1988, oui ou non ? S’établit alors un récit choral qui se promène à travers les époques et déroule une intrigue qui s’approfondit de page en page, par cercles concentriques. En donnant la version de chaque protagoniste, on les voit chacun apparaître de plus en plus complexes à travers les yeux des autres et on mesure l’étendue de leur propre ignorance. Sous-tendu par une forme d’enquête, c’est la puissante dualité de la ville de Berlin qui emporte la mise, tant on a l’impression de peut-être commencer à comprendre un petit quelque chose à ce qu’a pu signifier y vivre au fil des terribles décennies entre la deuxième guerre mondiale et les années 2000. Jeux de pouvoir et trafics en tous genres – « Selon un vieux principe de la Stasi : la confiance, c’est parfait, mais le contrôle est encore mieux ! » – galopent le long d’une intrigue complexe et sont ponctués par des respirations plus intimes. Drames familiaux (et drames tout court) et amours contrariés donnent de l’épaisseur aux noms que l’on rencontre et le tout est prenant au possible (la traduction est très fluide). Un étonnant premier roman !

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