Le pianiste blessé de Maria Ernestam
Gaïa éditions, 2017, 416 pages
Traduit du suédois par Anne Karila

 

« Je reste debout à la fenêtre. Une membrane de verre entre moi et le monde. Je songe à ces éclairs de lucidité qui transforment notre vision de l’existence. Ces instants après lesquels rien n’est plus pareil, parce qu’un évènement, des paroles ou des actes ont irrémédiablement sali l’image que l’on se faisait de quelqu’un. Lorsqu’une personne entrouvre, l’espace d’une seconde, une porte sur son être intérieur et vous laisse apercevoir ce qu’il recèle : de l’or, de la pourriture ou seulement une belle pagaille. »

J’avais beaucoup aimé « Les oreilles de Buster » et ai commencé ce nouveau roman de Maria Ernestam en m’attendant à un ton un peu décalé, or elle s’attaque ici au thème de l’amitié de manière beaucoup plus directe. C’est Marieke qui raconte. Nous sommes en 2014, elle a la quarantaine, vit en Suède et tient une librairie de livres d’occasion; elle croit soudain apercevoir James dans la rue. En alternant présent et ce qui s’est passé dix ans plus tôt, elle nous entraîne dans un voyage sur une île paradisiaque et à San Francisco, pendant lequel les repères habituels s’effritent au contact du dépaysement. Tout tourne autour de son amitié avec Veronica, débutée un matin de leur école primaire. Décennie après décennie leurs liens se sont maintenus, jusqu’au jour où James est entré dans leurs vies… Un roman très romanesque qui cascade de rebondissement en surprise tout en prenant le temps de longuement détailler les questionnements existentiels. Le frottement de ces deux paramètres est par moment un peu inconfortable mais Marieke est suffisamment intéressante pour que l’on lise jusqu’au bout.

« On est plus fort tout seul ? Sans doute le plus gros de tous les mensonges. »

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