Ostwald de Thomas Flahaut
Editions de l’Olivier, 2017, 169 pages

« Les restaurants où nous nous retrouvons, papa et moi, se ressemblent tous. Nos discussions aussi. Les entrecôtes, la purée et les petits pois, les lumières glaciales, les pastiches d’Andy Warhol accrochés aux murs, bouledogues ou chats bariolés, ont peut-être quelque chose à voir avec ces moments que nous passons ensemble, ces questions qu’il me pose toujours dans un ordre immuable. Ce que fait Félix qu’il voit rarement, si je mange bien, l’université et ce que j’imagine faire après. Mes réponses ne changent jamais.
Je sais pas. »

Avant, Noël vivait avec son frère Félix à Belfort, ses parents travaillaient chez Alsthom. Un jour, Aslthom est devenu Alstom et beaucoup ont vu un mauvais présage dans la perte de ce « h  » (Humain ?). En tout les cas le père a « accepté » une transaction et est parti pour 2 ans, dont ils ne savent rien, la mère a « accepté » une mutation, la famille s’est délitée, éloignée aussi bien physiquement que sentimentalement. Maintenant, Noël poursuit (sans conviction) ses études à Strasbourg, Félix les a terminées mais vit d’une allocation de sa mère, elle-même dans un hôtel à Marseille. Ils se voient tous très peu. Le père a renoué de sporadiques contacts avec ses fils – par peur de tomber sur eux dans la rue, pense Félix. Noël est seul, se sent seul. Le boulot est rare. La vie semble bouchée. Et puis un accident survient à la centrale nucléaire de Fessenheim. Des mots qu’on croyait réservés à des pays lointains ou à la fiction sont prononcés : Tremblement de terre. Fusion du réacteur. Césium 137. Uranium 235. Zirconium. Corium. Réaction en chaîne. Il y a évacuation de tout l’Est de la France. Et il y a la solitude, encore. Toujours. Même au milieu des autres, même en pleine catastrophe… Un premier roman plombant qui sonne terriblement juste et qui étend ses tentacules pour agripper son lecteur. Brrr.

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