Les buveurs de lumière de Jenni Fagan
Métailié 2017, 303 pages
Traduit de l’anglais (Ecosse) par Céline Schwaller (The Sunlight Pilgrims 2015)

« Tous les gens du village paraissent inquiets et c’est bien ça le pire. Avant il n’y avait que la pauvreté, la peste, les terroristes, les pédophiles, la drogue, les troubles de l’alimentation, les prédateurs sexuels sur Internet, les météorites qui frôlaient la terre d’un peu trop près. Maintenant les personnes réunies dans cette salle sont terrifiées à l’idée de devenir bientôt des cadavres gelés. »

Dylan a vécu toute sa vie à Soho, dans un petit cinéma de quartier, avec sa mère et sa grand-mère. A leur mort, criblé de dette et totalement inadapté à la vie sociale, il part s’installer dans une caravane de Clachan Fells, en Ecosse, que sa mère avait achetée en cachette. Nous sommes en novembre 2020 et l’hiver le plus glacial ayant jamais existé s’annonce… C’est le deuxième roman de Jenni Fagan et il est empli d’une grâce très particulière. Nourrissant perpétuellement un contexte des plus anxiogène – et ce d’autant plus que sa plausibilité est totale -, il apporte paradoxalement la chaleur la plus douce qui soit, celle des relations humaines harmonieuses. S’insérant au sein d’une communauté soudée – et pourtant pleine de heurts -, Dylan rencontre l’amour, l’amitié et une famille, dont les tenants et aboutissants sont à démêler aussi bien pour lui que pour le lecteur. A ses côtés ce dernier en prend plein la vue et s’émerveille devant la beauté de la nature, malgré sa dangerosité. Une pépite !

« Ce serait super de voir des films ici la nuit, peut-être avec des feux de camp en automne, du vin chaud, des marrons chauds, pourquoi pas ? Il y a quelque chose à aimer là-dedans. Il y a des gens qui aiment les autres, des gens qui aiment les bâtiments, et lui aussi – il se terrait dans sa cabine de projection -, mais ça ! Les bâtiments et les gens – les relations entre eux -, les maisons d’enfance, les maisons de vacances, une remise dans le jardin, une voiture en ruine. L’année dernière, ils avaient passé un film sur une femme qui avait épousé un pont.
– Ca fait loin pour aller voir mon nouvel époux, se plaignait-elle.
Elle vivait à Cologne et le pont se trouvait à Prague.
– Le coeur a ses raisons, disait-elle.
Dans le même documentaire il y avait un homme qui écrivait des lettres d’amour à un conteneur de fret et dans le film il pleurait, semblait si sincèrement ravagé par le chagrin que Dylan avait compris qu’il n’avait jamais aimé quelqu’un comme cet homme aimait son conteneur, et il n’arrivait pas à savoir lequel des deux était le plus tragique. »

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