Ce qu’on entend quand on écoute chanter les rivières de Barney Norris
Seuil 2017, 301 pages
Traduit de l’anglais (GB) par Karine Lalechère (Five Rivers Met on a Wooded Plain 2016)

« Je lui dirais que ce qui occupe ses journées, ce n’est pas la vraie vie. L’école, les sorties en ville, la télé et le sport, ce n’est que la surface. Sa vraie vie est plus profonde. C’est sa famille, son coeur, les naissances, les mariages, les morts, les amitiés, les autres. Je lui dirais que le monde c’est les autres, et que tout ce qu’il ne partage pas est un évènement qui n’a pas réellement eu lieu. Je lui dirais que c’est dans la vie et les vivants que se cache le sens du monde, dans les méandres d’une conversation. »

Un accident de voiture, un soir à Salisbury. Rita est renversée par George sous les yeux de Sam, d’Alison et de Liam. Cinq personnages, cinq vies différentes, cinq âges cristallisant la même angoisse, tous à la recherche du sens de leur vie… C’est le premier roman de Barney Norris, par ailleurs dramaturge, et il est très réussi. Le prologue nous met en condition, en décrivant un Wiltshire nimbé de mystère et comme possédant une force tellurique prégnante. S’enchaînent alors les cinq récits et on en prend plein le coeur. Chaque personnage a son souffle, son univers et ses problèmes, mais tous nous saisissent. Il est absolument impossible de garder ses distances, l’émotion est forte, le propos toujours digne. C’est remarquable d’être capable de créer ce pont entre les gens – celle qui lit, ceux qui sont imaginés, et de les réunir en un endroit où leurs souffrances se reconnaissent, et partant s’apprivoisent. Un roman où l’on tâtonne, se questionne, une tristesse réelle mais aussi très belle.

« On a un peu l’impression d’écouter aux portes quand on joue une femme dans Hamlet, parce que, dans le fond, c’est l’histoire d’un jeune homme qui doit décider qui, de lui-même ou de son père, il aime le plus. On peut être sûr que Shakespeare n’était pas une femme, en tout cas. »

(J’aime bien cette brève présentation par l’auteur – « l’écriteur » du roman ;o))

Superbe billet de Sandrine.

 

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