Pyromane de Wojciech Chmielarz
Editions Agullo, 2017, 410 pages
Traduit du polonais par Erik Veaux (Podpalacz 2012)

« – Quelque chose encore ? D’autres idées ?
– Peut-être interroger les gens du quartier sur ce qu’ils savent sur leurs voisins. Ils pourraient avoir des soupçons ? Puisque vraisemblablement le pyromane habite dans le coin… lança Skalski.
– On y travaille, ajouta Brodka.
– Non, protesta Mortka. Tu va déclencher une chasse aux sorcières et tu vas te retrouver à patauger dans toute la boue du quartier. Tu vas recevoir des messages de pure méchanceté, ou destinés à vider des rancunes stupides remontant à des années. Et il faudra tout vérifier. Ca ne servira à rien d’autre qu’à nous faire perdre du temps.
– Oui, mais on pourrait trouver une piste, insista Skalski pour appuyer son idée.
– Aucun sens, réagit Kochan. Le Kub a raison. C’est bien ça, la Pologne, mon gars, si quelqu’un a l’occasion de te mettre dans la merde, il le fera pour le simple plaisir de t’y voir patouiller. »

En voilà une vision de la Pologne; lucide ? Cynique ? Elle rejoint celle de Miloszewski en tous les cas, tout en proposant une toute autre manière d’aborder une enquête policière. Nous sommes à Varsovie, c’est l’hiver, le froid est mordant et les embouteillages permanents. Notre héros c’est Le Kub, Jakub Mortka, un inspecteur perçu comme un bon policier (« et seulement ça », d’après son ex-femme), un tenace, un obstiné, capable de quelques fulgurances mais surtout fatigué. Pas remis de son divorce, il vit en colocation avec deux étudiants brouillons et n’a pas encore trouvé comment remettre sa vie sur des rails plus convenables. Le premier tome de ses aventures le place en chasse d’un pyromane, entre des relations difficiles avec sa hiérarchie et ses tentatives d’amélioration personnelle. Le tout est très traditionnel dans sa conception du polar, tout en apportant la touche d’exotisme qui nous accroche à cet univers. Le Kub est attachant, sans doute plus en raison de ses manquements que de ses qualités; non exempt d’une certaine lâcheté, il nous semble perfectible, et on croit en ses efforts. Un personnage que je prendrai grand plaisir à suivre, d’autant que je viens de découvrir cette nouvelle maison d’édition: Agullo. En m’y intéressant j’ai appris que sa fondatrice, Nadège Agullo, était également la co-fondatrice de Mirobole – et en ce qui me concerne, son âme. Mirobole continue (sans elle), et si je trouve toujours leurs publications intéressantes (pas toutes) et surtout leur identité visuelle superbe, je crois bien que c’est du côté d’Agullo que je vais continuer à trouver ce dépaysement de textes véritablement différents. A creuser, en tous les cas.
Dans « Pyromane » il y a tout de même un point noir : la traduction. Je ne connais pas Erik Veaux mais son travail sur ce titre n’a cessé de me faire grincer des dents. Un exemple :

« – Nous sommes partis sur le mauvais pied, inspecteur, affirma-t-il soudain.
L’inspecteur, surpris, eut un geste indéfini qui pouvait vouloir dire « il n’y a pas de quoi parler ». »

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