Les cuisines du Grand Midwest de J. Ryan Stradal
rue Fromentin 2017, 342 pages
Traduit de l’anglais (américain) par Jean Esch

« Qu’est-ce que vous présentez cette année ?
– Une nouveauté. On appelle ça des roulés Résurrection.
– Des roulés Résurrection ?
– Oui. Vous mettez des marshmallows dans du beurre fondu et vous les roulez dans du sucre à la cannelle. Puis vous les enveloppez dans une pâte en forme de croissant, et vous les mettez au four pendant douze minutes. Et ensuite, c’est très important, pendant qu’ils cuisent vous lisez Jean chapitre 20, versets 1 à 18. »
Pat essaya de se remémorer de quoi il était question. Elle ne connaissait pas ce chapitre par coeur.
«  « Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rendit au sépulcre dès le matin, comme il faisait encore sombre, et vit que la pierre avait été enlevée du sépulcre », récita Susan. Et la même chose se produit avec les marshmallows. Vous sortez les roulés du four, vous les ouvrez en deux et vous découvrez que les marshmallows ont complètement disparu. Ils sont ressuscités. »

Voici l’histoire d’Eva Thorvald, de sa naissance à l’explosion de sa carrière comme chef hors normes, racontée par d’intenses chapitres consacrés à des narrateurs différents. Ca ressemble à un assemblage de nouvelles qui convergent vers un final les contenant toutes, et pour son premier roman la voix de J. Ryan Stradal (et donc la traduction, parfaite) fait montre d’une personnalité atypique. Accrocheuse dès les premières pages, la plume fait confiance à l’intelligence du lecteur et choisit de raconter également dans ce qu’elle tait. Il y a beaucoup d’amour dans ce roman, celui de la cuisine, bien sûr, mais pas seulement, chaque personnage est saisi dans le moment qu’il vit et en même temps mis en perspective aussi bien dans son époque que dans sa filiation. C’est le genre de roman dans lequel on s’immerge en étant de plus en plus ravi et qu’on quitte vraiment à regret, avec l’envie tenace de se lancer dans quelques recettes.

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