Aujourd’hui tout va changer de Maria Semple
Plon, collection Feux Croisés, 2017, 241 pages
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau (Today Will Be Different 2016)

« J’aimerais que tu considères la possibilité que nous vivions dans un univers bienveillant.
– Considère que c’est considéré. »

Seatle, mère au foyer quinqua, ex-directrice de l’animation d’un succès télévisé, Eleanor a un mantra qu’elle se serine tous les matins : aujourd’hui tout va changer. Elle se promet ainsi de tout faire mieux, et il y a du boulot… Ecrit par n’importe qui d’autre que Maria Semple (dont le premier roman « Bernadette a disparu » m’avait enchantée), ce roman me serait tombé des mains. Il mélange avec des petits grincements l’allure guillerette d’une comédie et le drame existentiel, et on a l’impression que l’autrice elle-même ne sait pas vraiment dans quelle direction elle préfèrerait aller. Il y a quelque chose qui coince un peu, même quand c’est clairement situé dans un moment drôle ou grave, il y a une sorte de rudesse dans le déroulé des choses, un manque de fluidité, qui nous placent souvent au bord de laisser tomber (en tout cas ça a été mon cas). Mais en même temps il y a un charme puissant, des petits éléments qui nous raccrochent au personnage, une histoire qui se dévoile progressivement, et on s’attache imperceptiblement jusqu’à se sentir tout frustré quand ça s’arrête.

Cathulu a aimé.

« A la tombée de la nuit, comme on se préparait à partir, on s’est rendu compte que sur la douzaine de lampes de poche de la maison, aucune ne fonctionnait. On a râlé, et on s’est résignés à une soirée à picoler sur la terrasse. Joe était resté à l’intérieur. Je l’ai retrouvé tout seul dans la cuisine. Il avait démonté les lampes et aligné les pièces, pareils à des instruments de chirurgie. Il avait interverti les ampoules, gratté les piles encrassées, et plié des petits carrés de papier alu. Il était si paisible, si concentré, si compétent, si adorable ! (C’est à ce moment-là que j’ai craqué.) Et je ne plaisante pas, une demi-heure plus tard, Joe avait réparé dix des lampes de poche. En montant le sentier à travers la forêt, Violet m’a murmuré en montrant Joe du doigt : « Celui-là, tu le gardes. » »

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