Rien n’est trop beau pour les gens ordinaires de Marina Lewycka
Editions des 2 terres, 2017, 447 pages
Traduit de l’anglais par Sabine Porte

« Elle met un instant à reconnaître la vieille dame d’à côté.
«  Bonjour Noirotte, je Inna du appartement à côté, dit celle-ci d’une voix éraillée. Vous légume ? »
Se faire appeler Noirotte, c’est une chose – elle devine au ton de la vieille dame que cela se veut plus descriptif qu’insultant. Mais elle ne s’est jamais fait traiter de légume. Qu’est-ce que cela veut dire ?
Elle ouvre la porte. « Légume ?
– Vous mangez lui ? Je faisé golabki kobaski slatki. Demain, sept heures le demi. » La figure de la vieille dame se plisse en un sourire.
«  Ah, je comprends. » Mais elle ne comprend pas du tout.
« J’ai mère-soeur Lily. » Derrière les lunettes scintillantes, ses prunelles sombres dansent allègrement.
«  Mmm ?
– Je faisé manger. Vous pas légume, d’accord ?
– D’accord ?»
La vieille dame glousse et disparaît dans la pénombre en se frottant les mains. Franchement bizarre. »

Ah, Marina Lewycka. Elle a le don de me faire glousser tout au long de mes lectures de ses romans, et même si celui-ci connait un petit flou et quelques longueurs, il ne déroge pas à la règle. En mettant en scène un Londres cosmopolite plongé dans le monde des Madness avec leur tube nostalgique « My House » – celui de la classe ouvrière -, et en brassant des thèmes aussi variés que la corruption au Kenya ou le désir de domination russe, elle parvient à nous faire nous sentir partie prenante d’un tout. L’un des personnages principaux, le pas très cool Berthold, a connu l’illumination lors d’une représentation scolaire du Marchand de Venise et, devenu acteur, ne cesse de citer Shakespeare. Cela ne l’aidera en rien à arnaquer correctement les services du logement ou à se faufiler dans les méandres de l’assurance chômage avec ses incroyables contrats à zéro heures. Reflet d’une société contemporaine déboussolée, l’univers de Marina Lewycka illustre cette maxime brodée au point de croix au mur de feue Gladys-la-grande-gueule : « La camaraderie, c’est la vie. ».

L’avis de Cathulu.

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