Un clafoutis aux tomates cerises de Véronique de Bure
Flammarion 2017, 377 pages

« A mon âge, il faut se faire une raison. On n’habille plus le corps, on le cache. »

Jeanne, quatre-vingt dix ans, décide d’écrire son journal intime. Pendant un an entier, au rythme des saisons, elle consigne les mille et une petites choses qui constituent son univers : son amie Gilberte qui prenait 2 somnifères le matin au lieu de ses comprimés pour la tension (« Pas étonnant qu’elle soit toute molle ! »), Alice qui reçoit 12 personnes, alors qu’elle va fêter ses cent ans, la saveur de l’écume de framboises, sa recette du gâteau de marrons, ces longs mois d’hiver où il ne se passe rien, et combien cela lui pèse, les visites de ses enfants et petits-enfants (« Je crois qu’il y a un âge où on n’est plus fait pour la vie de famille. »), mais aussi – avec beaucoup de pudeur, voire d’ellipse – la manière dont les choses lui échappent petit à petit, la montée de l’indifférence au monde qui prépare les très vieilles personnes au départ. Un roman constitué du plus banal, qui très lentement s’insinue dans l’âme du lecteur, et que l’on termine très ému, parce qu’on a cru à tout, que la justesse qui émane des pages nous semble totale, et qui nous amène à une forme d’impuissance assez bouleversante. Joli et Délicat.

« Finalement, les seuls moments où je m’ennuie, ce ne sont pas ceux où je suis seule, ce sont ceux où je suis en compagnie de gens ennuyeux. Alors le temps, d’ordinaire si pressé traîne à n’en plus finir. On ne s’ennuie qu’avec les autres, jamais avec soi-même. »

Lu dans le cadre de l’opération Masse Critique de Babelio.

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