Trois années-lumière d’Andrea Canobbio
Gallimard, Du Monde Entier, 2015, 429 pages
Traduit de l’italien par Vincent Raynaud (Tre anni luce 2012)

« Se mettre dans cet état, aux premières lueurs du jour, le lit envahi de pensées qui piquaient telles des miettes de biscuits. Les menaçantes heures du matin. »

Le narrateur, à partir des quelques faits qu’il connaît, retrace trois années de la vie des ses parents, à partir du moment où ils se sont rencontrés. D’abord, son père. Quarante ans, médecin généraliste à l’hôpital, divorcé, sans enfants. Il noue une relation longtemps platonique avec une collègue des urgences (divorcée, deux enfants), puis par son intermédiaire rencontre sa soeur (célibataire, correctrice dans l’édition). Chacun d’entre eux est livré au lecteur jusque dans leurs plus infimes replis, alors que les jours passent. La construction en trois parties revient comme par vague sur ce qu’on vient de lire, mais d’un autre point de vue (et tout en avançant dans le temps). C’est une histoire d’amour, de tous les côtés et dans toutes ses acceptions. C’est contemporain (et sociétal) et pourtant ça semble aussi hors du temps, déjà classique, comme si la minutie de l’observation et la manière d’en rendre compte étaient déjà passées par la patine des années. C’est prenant, fascinant, pénétrant – et aussi profondément mélancolique. L’ambiance est délicate, les perceptions fines et on quitte ce roman vraiment à regret.

« Assez, assez. Il s’en libérait, il s’en était libéré. Il arrive comme ça, sans crier gare, le moment où on parvient à dire : c’est fini. Même les histoires qui semblent ne jamais finir (peut-être parce qu’elle n’ont jamais commencé). «

« En allant chercher « Le cuisinier » de Harry Kressing à la mansarde, chez ses parents, dans l’idée de s’en servir pour mettre le grappin sur Viberti, elle éprouve la satisfaction garantie et mystérieuse qui accompagne toujours la redécouverte d’un livre. Du reste, cela lui arrive aussi avec les livres qu’elle a chez elle, qu’elle est sûre de posséder, quand elle ne les a pas pris entre ses mains depuis un certain temps, comme s’ils pouvaient s’enfuir, comme si quelqu’un avait pu les lui voler. Ils n’ont pas de jambes et ils n’intéressent personne, par conséquent la joie qu’elle éprouve est d’autant plus étrange. Tant que ses livres ne disparaissent pas, tant que ses livres continuent à réapparaître, évoqués tels des esprits par une nuit de tempête, il ne peut rien lui arriver de grave. »

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