Rouvrir le roman de Sophie Divry
Essai
Notabilia 2017 202 pages

« Ce livre a pour but de discuter quelques idées reçues qui pèsent sur la conscience de l’écrivain français contemporain qui, il faut l’avouer, a un lourd héritage. Cette réflexion, si elle relève avant tout de la théorie littéraire, n’a au fond d’autre but que de dire que le roman n’est pas mort, et que la littérature vaut le coup. »

Sophie Divry a publié quatre romans, aussi différents les uns des autres qu’il est possible. De toute évidence, c’est quelqu’un qui s’interroge sur le roman, qui est dans une recherche, et elle postule que le lecteur « ordinaire » sera lui aussi stimulé par un peu de réflexion sur le roman. Elle a évidemment absolument raison et explique d’ailleurs très bien pourquoi théoriser ne devrait pas être un domaine réservé aux universitaires; quoi que l’on fasse (écrire ou lire en l’occurrence), comprendre nos choix ou nos préférences est formidablement enrichissant. C’est un essai qui aborde de nombreux aspects de la mécanique d’un roman (le style, les métaphores, le temps, l’histoire, la ponctuation, etc.) – et c’est passionnant -, mais c’est surtout un texte vivant qui associe son lecteur à son cheminement sans jamais se poser en instance supérieure, ce qui est rarissime.

C’est Claro qui m’a donné envie.

« Nous ne perdrions pas beaucoup à abandonner l’idée que le public lit bien ou mal. Le public lit, c’est déjà ça. Or un écrivain n’est pas quelqu’un qui écrit. Un écrivain est quelqu’un qui est lu par d’autres personnes que sa famille, donc publié. »

« Parce qu’être réjoui n’est pas la même chose qu’être diverti, il y a une force dans le comique qui met en danger les structures de domination et peut les bousculer le temps d’un roman. »

Maupassant sur Flaubert : « La profonde et délicieuse jouissance qui vous monte au coeur devant certaines pages, devant certaines phrases, ne vient pas seulement de ce qu’elles disent; elle vient d’une accordance absolue de l’expression avec l’idée, d’une sensation d’harmonie, de beauté secrète, échappant la plupart du temps au jugement des foules. (…) Les mots ont une âme. La plupart des lecteurs, et même des écrivains, ne leur demandent qu’un sens. Il faut trouver cette âme qui apparaît au contact d’autres mots, qui éclate et éclaire certains livres d’une lumière inconnue, bien difficile à faire jaillir. »

« La jouissance que nous avons à lire les comparaisons de Gass ou Pynchon est une jouissance au carré. Elle réside autant dans l’accord parfait entre l’idée et l’image trouvée que dans le plaisir de rencontrer un vocabulaire métaphorique rare et contemporain. Des images que les écrivains du passé n’auraient pas pu faire. Leurs trouvailles créent des liens inédits dans notre esprit. »

George Sand : « Le style est la langue bien comprise, la ponctuation est le style bien compris. »

Gustave Mahler : « La tradition, c’est nourrir les flammes, non pas vénérer les cendres. »

cornes

Relu une deuxième fois dans la foulée de la première, et corné sauvagement pratiquement toutes les pages ! Une pépite.

 

Publicités