Tous les hommes chaussent du 44 de Géraldine Barbe
La Brune au Rouergue, 2017, 126 pages

« Disons-le sans jugement, puisque Gilda tente le pari de l’honnêteté, Emma est une bobo, Gilda une bobof, c’est-à-dire pareille en fauchée. »

C’est l’histoire de Gilda, quarante ans, qui tombe amoureuse. Aussitôt (et vraiment dans le même mouvement), elle entreprend d’écrire un traité sur l’amour, entendant profiter des courants ascendants propres aux premiers temps d’une idylle. Et puis rien ne va se passer comme prévu. D’abord apparaît Lady, un anticorps chargé de maintenir un équilibre dans l’esprit quelque peu fantasque de notre héroïne (ses interventions en italiques sont source de mout gloussements !); ensuite son chéri n’est pas tout à fait le joyeux luron qu’elle s’imaginait; enfin et surtout, Gilda, bien que d’une loquacité à toute épreuve, ne nous raconte pas exactement tout… Elle m’a plu, Gilda, avec sa recette perso de pâtes à rien (sa seule et unique recette), ses copines, sa manière de couper les cheveux en trente-sept virgule soixante-quinze tout en pensant décortiquer ainsi les remous de l’âme humaine avec une sagacité plus que lucide, et j’ai aimé le rythme, la scansion de ce roman qui donne à sourire plus d’une fois. Je suis moins convaincue par la construction qui s’affaisse un peu au fil des pages mais le charme vitaminant de la plume me donne envie de poursuivre avec cette autrice.

« Et le mec dont tu t’aperçois au bout d’un certain temps qu’il est complètement con. Ca, ça tue.
– Tu t’en aperçois assez vite en général.
– Pas forcément. Pas quand tu es aveuglée par l’amour et que tu lui trouves dix mille excuses pour tout. Il s’exprime mal, il est timide, il est complexe, il est sombre, etc. Tu tripes pendant des mois à essayer de percer le mystère et tout à coup sans crier gare tu découvres qu’il est rien de tout ça, il est juste con.« 

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