La mer c’est rien du tout de Joël Baqué
P.O.L. 2016, 126 pages

J’avais beaucoup entendu chanter les louanges de ce court roman, et vous savez ce que c’est, on finit par s’y aventurer sur la pointe des pieds, craignant de ne pas participer à la liesse collective en raison même de son brouhaha. Mais Joël Baqué vous embarque sans se préoccuper en rien de vos réticences. Son enfance, sa famille, son parcours, et les mots. La fête des mots. La joie de les dire, entendre, écrire, de les voir écrits. Son imaginaire est riche, sa poésie absolue, sa tendresse infinie et son humour subtil. Par petites vignettes (rendant la mise en page très aérée) (un peu à la Chevillard, d’ailleurs), il use avec pertinence de l’ellipse et fait passer une vraie émotion. Evidemment être de sa génération accentue l’effet nostalgique, mais loin d’évoquer un énième exercice à la Perec (« Je me souviens ») il donne une impression d’unicité totale. Un petit quelque chose de Valérie Mréjen, plutôt (« Eau sauvage« ).

« J’aimais être soudoyé surtout à cause du mot (je n’ai malheureusement jamais eu l’occasion d’être stipendié). »


« Elle était ambidextre (je croyais donc qu’elle savait nager sous l’eau sans respirer). »

« Moi, je suis droitier du haut et gaucher du bas (c’est compliqué, mais seulement si on cherche à comprendre). »


« J’essayais de faire pisser les cigales en leur mettant les pattes dans l’eau froide. Si la cigale ne pisse pas, c’est qu’elle ne boit pas. Si elle ne boit pas, c’est qu’elle n’a pas soif. Pourtant, chanter donne soif : le mystère de la cigale ! »

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