Douce nuit de Ragnar Hovland
Editions Les Belles Lettres 2017 222 pages
Traduit du norvégien par Hélène Hervieu

« Cela fait un bail que je n’ai plus écrit de livres jeunesse. J’ai arrêté à un moment donné parce qu’on m’invitait sans arrêt à aller d’une école ou d’un collège à l’autre, le tout sous l’égide du Centre norvégien des écrivains et que je n’osais pas décliner les invitations. Alors que c’était, en règle générale, épouvantable. J’avais une peur bleue des enfants, peur de ne pas réussir à les faire se tenir tranquilles en classe, peur qu’ils trouvent ça ennuyeux. Et le fait est qu’ils trouvaient ennuyeux ce que j’avais à leur proposer. Toujours est-il qu’un jour un gamin (qui n’avait pas sa langue dans sa poche) me pria d’arrêter : ils en avaient plus que marre d’entendre mes histoires sans queue ni tête, d’un ennui mortel. « On a été trop patients avec toi » furent ses mots exacts. »

C’est l’histoire d’un écrivain connu qui n’a pas écrit grand chose depuis quelques années, bien que son éditeur attende le grand roman maritime qu’il a annoncé. Il n’est plus tout jeune, picole sévèrement (mais prétend que ses années de beuveries sont derrière lui, qu’il « gère » ça aux petits oignons à présent) et est ma foi très occupé. Entre les quelques femmes de sa vie, les rêves nocturnes dont il se préoccupe grandement, ses parents très vieillissants et ses frères, ses journées filent et il se laisse porter. A ses côtés, et dans une atmosphère douillette et souvent tendre, nous partageons un petit morceau de Norvège… Bien que le déroulé du roman soit classique, la construction a un petit côté impressionniste, avec des petites touches comme ça, pas vraiment digressives mais singulières, n’allant pas jusqu’à l’étrangeté mais de toute façon dépaysantes pour un lecteur français. Les rapports entre les gens, les dialogues, la manière même dont le narrateur parle de la littérature en général, son avis sur quelques romans, tout a quelque chose d’exotique et en même temps de très familier. On sent une sincérité, que ce n’est pas fabriqué, fictionnalisé, que c’est simplement différent. Assez tendre, souvent drôle, toujours inattendu. (J’aime beaucoup la 4° de couv : une seule phrase. « Comme chacun sait, les choses se déroulent rarement comme prévu.« 

« J’ouvre la bouteille de vin que j’ai apportée, un Liebestraum 2006, et elle m’explique la raison de sa présence à Oslo. Une réunion qui n’en finissait pas. Et puis elle a pensé à moi. Quand je la pénètre. Quand je la prends par derrière. Et ça l’avait mise de bonne humeur.
– Il n’y a rien de tel que de penser au sexe anal quand on s’ennuie en réunion, déclare-t-elle en buvant une gorgée de vin.« 

Lu dans le cadre de l’opération Masse Critique de Babelio.

Publicités