Y a pas de héros dans ma famille de Jo Witek
Actes Sud Junior, 2017, 133 pages

« – Tu devrais aller jouer maintenant Maurice.
C’est fou comme les grands veulent toujours qu’on aille jouer dès qu’on a un problème important. Moi, je n’avais pas du tout envie de taper dans un ballon, ni de courir après les copains. Je voulais un héros dans ma famille. C’était sérieux. La maîtresse ne pouvait pas comprendre l’ampleur de mon désespoir, tout simplement parce qu’elle n’avait jamais mis les pieds chez moi. Elle ne pouvait pas imaginer que je vivais dans une famille de dingos. Et de mon côté, comme je n’avais absolument pas envie qu’elle connaisse ma famille, je n’ai pas eu d’autre choix que d’obéir. Je ne lui ai pas dit que Titi avait fait de la prison parce qu’il avait volé des ordinateurs, ni que mon père faisait du travail au noir, ni que chez moi et dans mon quartier ça hurlait du dedans et du dehors, ni que je faisais mes devoirs dans la baignoire pour avoir la paix. Comment on peut raconter ça à une maîtresse ? Même à une super-maîtresse ?
Alors, comme tous les enfants du monde quand ils sont incompris des adultes, j’ai fait ce qu’on attendait de moi. J’ai rejoint les autres dans la cour et j’ai shooté dans un ballon pendant une demi-heure sans marquer un seul but.
5 pour eux. 0 pour mon équipe.
Je me suis senti nul.
Un nul dans une famille de nuls. »

C’est la première fois que je lis Jo Witek mais son nom m’était familier (bon je croyais qu’il s’agissait d’un homme mais la méprise est compréhensible, vu le « Jo »), et je comprends le bouche-à-oreille dont elle bénéficie : ce roman pour les jeunes adolescents est vraiment bon. On y suit Maurice Dambeck (version école) alias Mo/ Tit’tête/Mon chou/bouffon à lunettes (version maison). Il a dix ans, est en CM2 et aime beaucoup lire. C’est un excellent élève qui sépare tout naturellement les deux univers dans lesquels il évolue, l’école d’un côté et la maison de l’autre. Chez lui, c’est chahuté (euphémisme) mais d’instinct il sait ne pas reproduire ce qu’il entend ou voit en dehors du cocon familial. Et ça se passe vraiment très bien, jusqu’au jour où un camarade de classe vient chez lui pour un exposé et le fait basculer de l’autre côté : celui où on pose un regard extérieur sur ce auquel on est habitué. Bref, Mo a honte de sa famille. Et ça, à dix ans qui plus est, c’est dévastateur… Avec une grande sensibilité et beaucoup d’humour (et de la tendresse à la pelle), Jo Witek remet les choses à leur place et c’est particulièrement vitaminant. Conseillé sans réserves.

L’avis de Clarabel.

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