L’homme est un dieu en ruine de Kate Atkinson
JC Lattes 2017 511 pages
Traduit de l’anglais (GB) par Sophie Aslanides (A God in Ruins 2015)

Après le formidable « Une vie après l’autre », Kate Atkinson nous fait suivre le petit frère, Teddy – bien qu’il ne soit en rien nécessaire d’avoir lu le premier tome. Autre roman, construction différente, mais toujours cet extatique bonheur de lecture. C’est de fiction dont il est question (encore et toujours), et la narration éclatée m’a fait frétiller de joie. Ca ne prend pas tout de suite, cependant, le premier tiers m’a fait craindre de rester sur le seuil, et puis l’étincelle survient et on passe par toutes les émotions. Teddy dans la R.A.F et la manière dont la guerre le détruit, de la pire façon qui soit, à l’intérieur, brisant irrémédiablement l’image qu’il a de lui. Teddy qui s’abjure de devenir gentil, le plus gentil qu’il lui soit possible d’être. Teddy et ses amours, ses chiens, sa nature. Teddy et Viola, qu’il est si difficile d’aimer. Teddy et ses petits-enfants, dont l’enfance abominable fait hurler toutes les fibres de notre empathie. Et tout ce petit monde qui vieillit, ces scènes giflantes de quotidienneté, le tri dans la maison quand Teddy ne peut plus vivre seul, le mouroir où on lui impose de finir sa vie, Viola quand elle fait enfin la paix avec elle-même, le tout avec moult prolepses et analepses parfois dans la même phrase, tourneboulant le lecteur et le laissant en manque. Affreux sentiment de solitude quand ça s’arrête, on a vécu mille vies avec les Todd et elles sont pourtant toutes les nôtres, on s’est vu et reconnu en plein d’endroits (et parfois vraiment on ne voulait pas) et ça sonnait tellement juste. J’ai pleuré, j’ai ri, je me suis frotté les mains d’allégresse, j’ai ralenti ralenti la lecture, profondément mécontente de voir le nombre de pages restant à lire diminuer. Roman de guerre, scrutation à la loupe d’une famille, examen de ce que signifie être anglais, ce texte multiforme pose quantité de questions au lecteur et se garde bien d’asséner une quelconque réponse. Bien plus qu’un coup de coeur, une adoration.

L’avis de Cathulu

Publicités