« Voilà qu’il est question de rire maintenant. Ou de ne pas rire. Ou d’une certaine quantité de rire. Peut-être qu’on mesure le rire comme on mesure les espaces publicitaires. Le nombre d’hommes qui entrent dans un bar horizontalement, multiplié par de nez de clowns verticalement. »

Je m’appelle Nathan Lucius de Mark Winkler
Métailié, 2017, 232 pages
Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Céline Schwaller (Wasted 2015)

Ce roman repose sur un rebondissement surprenant qui invite à réinterpréter ce qu’on vient de lire, un procédé relativement en vogue, avec la petite originalité de le faire survenir à peu près à la moitié, permettant une deuxième partie n’ayant rien à voir avec la première. Le problème c’est qu’il faut y arriver, à cette seconde moitié. Or le quotidien de Nathan Lucius tel qu’énoncé pendant plus de cent pages est tout sauf trépidant. A vouloir nous démontrer la vie ordinaire d’un jeune homme banal – et même si on sent bien ici ou là que peut-être il y a ellipse – on frôle l’abandon par désintérêt progressif. Néanmoins les plus tenaces se réveilleront sans faute avec le (bon) suspens entretenu par la suite, allant même jusqu’à relire ce qu’on ne pouvait pas comprendre dans les pages précédentes (sans toujours trouver l’explication souhaitée, d’ailleurs, mais ça fait partie du jeu proposé). Tout ceci a l’air bien mystérieux mais c’est que déflorer quoi que ce soit tuerait, pour le coup, le twist, et si même la 4° de couv parvient à tenir sa langue, je ne vais pas flancher !… Pour les lecteurs qui aiment les énigmes..

« Si l’enfer est un lieu que l’on s’invente soi-même, le mien sera une salle d’attente. Il ne faut pas me faire attendre. Je préfèrerais gravir le mont Fuji à genoux plutôt qu’attendre. Sur les coudes, même. Le front, en fait. »

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