Une activité respectable de Julia Kerninon
La Brune au Rouergue, 2017, 60 pages

« (…) j’étais la toute petite fille de ma mère qui, elle-même, lorsqu’elle s’asseyait trois minutes dans des toilettes de restaurants dépourvues de toute affiche, cherchait dans ses poches un billet de cinq, et le lisait intégralement. Voilà comment elle était, comme elle est. »

« (…) je suis comme une pierre au fond de l’eau, tout au plus puis-je m’arrondir à la mesure de mon usure (…) »

« Les histoires ne sont que des histoires, elles permettent une respiration mais ne réparent rien, elles sont ce qu’on peut fabriquer avec les petits débris retrouvés après les catastrophes, elles ne sont pas une seconde chance, simplement les louanges du mort chuchotées à l’oreille des survivants, aussi éloquentes qu’elles sont vaines. »

On pourrait citer l’intégralité des 60 pages ici offertes au lecteur tant elles recèlent de trésors. Quiconque a lu « Buvard » a déjà lu entre les lignes de ce merveilleux roman ce que les livres signifient pour Julia Kerninon, mais elle entreprend ici de nous le raconter avec précision, et on se régale. Atypique, elle l’est assurément et de mille manières, mais rares sont les écrivains capables de transmettre avec une telle évidence leur rapport aux livres et partant, au monde. La langue de Julia Kerninon m’enchante littéralement, il y a une magie dans ses mots qui tient à leur exactitude et à leur agencement méticuleux, et faire ainsi la connaissance de son univers (sa famille, ses voyages…) est un vrai cadeau. Plutôt qu’une autobiographie, un exercice de partage. Une pépite.

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