Les bienheureux de Kristine Bilkau
Fleuve éditions, 2017, 316 pages
Traduit de l’allemand par Dominique Autrand (Die Glücklichen 2015)

C’est l’histoire d’un couple, de nos jours. Ils vivent à Berlin, ont un petit bonhomme de quelques mois, sont heureux. Elle est violoncelliste, il est journaliste. Ils mangent bio le plus possible, commandent des sushis, prennent un pot en terrasse, partent en vacances dans un hôtel club où le petit est pris en charge quand ils le souhaitent, rien d’extravagant, mais une vie confortable. Dans l’air du temps. Et puis les choses s’enrayent, ça commence par un tremblement des mains, ça continue par la fermeture d’un journal, plus de boulot pour papa et maman, le quotidien devient lourd, il faut faire attention, lentement tout se grippe et chacun s’enfuit dans ses propres rancoeurs… Une histoire éminemment contemporaine qui absorbe le lecteur par son style un peu détaché et quelques jolies ruptures de ton. On se sent un peu aspiré et l’atmosphère s’épaissit sans que l’on puisse prendre du recul. L’autrice évite tous les pièges du convenu et parvient à donner de l’air en épilogue, on a vraiment l’impression d’avoir partagé un moment de vie réel, pas forcément très gai mais plutôt juste.

« Il a quarante-deux ans et il en a marre d’être un facteur de coût. »

« Ces existences protégées avec leurs murs dans des coloris exquis disent toutes la même chose : Nous on peut, pas toi. »

« Il soupire.
– Pourquoi est-ce que tu soupires, maintenant ?
– Pardon ?
– Pourquoi tu soupires ? Tu as poussé un gémissement. Comme ça. (Elle l’imite.)
– J’ai juste respiré.
– Arrête, s’il te plaît.
– De respirer ?
– Arrête de gémir comme ça, comme si tu portais le poids du monde sur les épaules.« 

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