Les mille talents d’Euridice GusmàoMartha Batalha
Denoël 2017 252 pages
Traduit du portugais (Brésil) par Diniz Galhos (A Vida Invisivel de Euridice Gusmào 2016)

« Et ici le lecteur se demande : toutes les femmes de cette histoire sont-elles soit tristes, soit aigries ? D’aucune façon. »

C’est le premier roman de Martha Batalha et il est absolument charmant. En apparence, il ne traite que de la quotidienneté la plus banale (et partant, la plus partagée au monde), avec en toile de fond le Brésil des années 40. On y suit principalement Euridice Gusmào, femme au foyer qui passera de longues années à se battre contre elle-même, étouffant son intelligence aigüe tout en laissant de brèves (mais intenses) foucades la soulager quelques temps; c’est ainsi qu’elle se passionnera pour la cuisine ou la couture, avant de s’investir toute dans la littérature (son « Histoire de l’invisibilité » dort encore dans quelque tiroir…). Mais Euridice a une soeur, des voisines, le monde autour d’elle, et à grand renfort de digressions qui s’intéressent à l’une ou à l’autre de plus près nous remontons le temps avant de revenir au présent. Le plaisir de cette lecture tient principalement dans le style, bien rendu par la traduction, qui a des airs de fable et fait irrésistiblement penser à Véronique Ovaldé. Cela enchante, tout simplement.

« Seu Antônio, je comprends bien que vous ayez pour moi l’estime la plus profonde. Et que ce serait pour vous un don du ciel que de m’avoir comme compagne. Mais, je ne vous apprends rien, j’ai un fils. Et jamais je ne m’en séparerai. 
Seu Antônio resta silencieux pendant quelques secondes. Il tira son mouchoir de sa poche, essuya la sueur qui perlait à son front et se mit à gratter les petits points rouges qui venaient d’apparaître sur son cou.
– Dona Guida, je comprends bien que vous ayez pour moi l’estime la plus profonde. Mais, je ne vous apprend rien, j’ai une mère. Et de moi, jamais elle ne se séparera.« 

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