Troisième personne de Valérie Mréjen
P.O.L. 2017, 141 pages

« Deux épuisés chroniques qui renchérissent à tour de rôle pour essayer de décrire leur état. Je suis fourbu, fracassé, éreinté. Je ne tiens plus debout, je pourrais dormir trois mille ans. Je ne peux plus bouger. Vas-y toi si tu peux. Impossible de me lever.
Et une force de la nature en train de jouer à l’ascenseur imaginaire, à la corde à sauter sans corde, au yoyo sans ficelle. »

Ils étaient deux, ils deviennent trois. Depuis la sortie de la maternité, par petites touches et autant de scènes très simples mais très denses, la narratrice, distante et pourtant au coeur même d’une intimité prégnante, déroule le fil des premières années et projette les suivantes. Une petite fille vient bouleverser le quotidien de ses parents et Valérie Mréjen le dit, de sa manière si particulière. C’est un texte très court mais en aucune façon « petit », il est empli de grâce et tient dans ses paradoxes. Future, nouvelle ou très vieille maman, chacune se reconnaîtra dans ces moments du « juste après », qui restent marqués au fer rouge dans la mémoire, non pas parce qu’ils étaient/sont/seront extraordinaires mais parce qu’ils sont ceux du basculement, et surtout ceux où l’on a vu le monde par des yeux neufs : « Elle regarde dehors et elle voit toutes ces choses qui bientôt étonneront l’enfant. Si c’était physiquement possible elle voudrait leur sauter au cou. Elle se sent attachée à tout. Son coeur lévite, comme attaché à une énorme bulle. » A offrir sans compter !

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