Dans la forêt de Jean Hegland
Gallmeister, collection Nature Writing, 2017, 301 pages
Traduit de l’américain par Josette Chicheportiche (Into the Forest 1996)

« J’ai éprouvé la même sensation qu’à l’âge de huit ans, quand j’avais eu 40,5 C de fièvre et que tous mes sens étaient si aigus que les crêtes papillaires de mes doigts ressemblaient à des montagnes et qu’il me semblait sentir le grain de la réalité, chacune de ses particules rugueuses. »

Difficile de ne pas penser au Mur invisible de Marlen Haushofer en lisant ce roman, bien que beaucoup de choses les différencient : le premier a été écrit en 1963, « Dans la forêt » en 1996, année qui, si elle est déjà lointaine et si le monde a énormément changé en vingt ans, abordait malgré tout les prémices de notre société moderne (Internet notamment); et puis surtout, elles sont deux.
Nous sommes en Californie et deux jeunes filles s’échangent des cadeaux de Noël « maison ». Pour Nell, la narratrice, ce sera un cahier vierge, un rescapé retrouvé dernière un radiateur, un trésor. Elle entreprend donc de raconter sa vie au jour le jour – bien loin de l’exercice du journal intime… Eva et Nell sont seules. Leurs parents, des originaux, les ont élevées dans une grande liberté au coeur de la forêt, à cinquante kilomètres du premier village. Alors quand l’électricité a commencé à devenir capricieuse, ils ne se sont pas vraiment inquiétés. D’autant que le décès de la mère, un cancer, a secoué leur monde fortement. Mais lors du dernier ravitaillement, ils ont constaté l’arrêt de la civilisation telle que nous l’avons connue. Plus d’électricité, plus d’essence, plus d’Internet, pas d’informations sur les causes et une situation dans laquelle il faut bien continuer à vivre….
Quiconque a le goût des Robinsonnades va, à mon instar, se couler avec une délectation non feinte entre ces pages. Survivre, apprendre autant sur soi que sur son environnement, constater (peut-être plus le lecteur que les héroïnes d’ailleurs) que la morale perd beaucoup de son sens en vase clos, se battre, affronter sa propre mesquinerie, perdre un petit peu la boule quand même mais rester vivantes.
Un roman dans lequel on plonge en entier et dont on ne voudrait jamais sortir.

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