Baba Segi, ses épouses, leurs secrets de Lola Shoneyin
Actes Sud, 2016, 291 pages
Traduit de l’anglais (Nigeria) par Isabelle Roy (The Secret Lives of Baba Segi’s Wives 2010)

« Il aimait plaisanter. Quand nous étions petites, il nous demandait de dire ce que nous détestions avec des nouveaux mots. « Le pain me répugne et j’abhorre les oignons », je proclamais. Lara déclarait ensuite « Moi j’aime pas du tout maman », ce qui le rendait hilare. »

Nous sommes à Ibadan (troisième ville du Nigeria) et Baba Segi est un homme heureux : un travail prospère, un chauffeur (le même depuis dix-huit ans), trois épouses et plusieurs enfants, filles et garçons. C’est un homme fragile aussi, qui subit ses intestins au moindre stress. C’est un homme sensible enfin, qui n’a jamais pu résister au désir d’une femme. C’est-à-dire, il suffit qu’un femme le veuille (pour époux, souvent) pour qu’il dise oui : qui est-il pour refuser ce qu’on lui offre ? C’est ainsi qu’arrive Bolanle dans sa vie. Bolanle n’a rien à voir avec ses trois premières femmes, elle est beaucoup plus jeune, déjà, mais surtout elle est instruite. Elle a fait de bonnes études (littéraires) et sa famille ne comprend pas du tout son souhait de se marier avec cet homme-là, de devenir une quatrième épouse. Bolanle a ses raisons, pourtant, et elle essaie avec sincérité de faire marcher ce mariage. Seulement, immédiatement, pour les trois autres femmes elle est l’ennemie…
C’est un premier roman et il est réussi : accrocheur, passant avec aisance d’un registre à l’autre (on sourit autant qu’on mesure les enjeux profonds à l’oeuvre), il raconte une bonne histoire tout en offrant un panorama de la société nigériane contemporaine. Plutôt féroce sous ses dehors de gentille farce, il sait rendre tous ses personnages attachants et la construction en chorale rend le tout très vivant.

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