« C’est obligé, de se déguiser pour Pourim ?
– Non, répondit-elle.
Après un instant de réflexion, elle ajouta :
– Mais pourquoi tu ne veux pas ? C’est parce qu’on ne t’a pas acheté de déguisement neuf ? Toutes tes amies de l’école seront déguisées.
– C’est pas à cause de ça, expliqua la petite en se retournant dans son lit. C’est parce que j’ai peur.
Ultérieurement, lorsque Maly se souviendrait de ces mots, elle en frissonnerait.
Ce soir-là, comme par un fait exprès, elle ne capta aucun des bruits extérieurs qui la rassuraient habituellement, les discussions entre voisins ou le ronronnement lointain des autobus sur l’avenue Ben-Gourion.
– De quoi as-tu peur, ma chérie ? demanda-t-elle en s’obligeant à sourire. D’un déguisement ?
Daniella ne répondit qu’au bout d’un certain temps.
– Des princesses. »

Les doutes d’Avraham de Dror Mishani
Seuil 2016, 288 pages
Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz (Ha isch she ratza lada’at hakol 2015)

C’est au couple que s’intéresse Dror Mishani dans ce troisième volume des enquêtes d’Avi, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il fouille le sujet dans ses moindres recoins. Celui que notre policier forme avec sa belle bruxelloise, étudiant non seulement leur dynamique interne mais aussi le thème de l’expatriation et du déracinement, et celui que forme Maly et son mari, dont on comprend petit à petit l’implication dans l’enquête. D’une manière générale tout va par deux, dans ce roman, et le doute règne partout, jusqu’au bout. Comprendre les motivations des uns et des autres demande un effort, tout comme il faut se faire gentiment violence pour ne pas se laisser atteindre par l’ambiance particulièrement accablante. Cependant, malgré un léger abus de prolepse, le suspens est très efficace et on a hâte de lire un autre épisode avec notre enquêteur.

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