mcfarlane

Pas celle que tu croisMhairi McFarlane
Harlequin, 2016, 486 pages
Traduit de l’anglais par Nolwenn Guillou (Who’s that Girl 2016)

« D’expérience, je peux t’assurer que l’espoir muet est une tactique VAE. »

« La comédie romantique so British de l’année » claironne un énorme bandeau sur ce gros roman Harlequin et c’est accepté, pour une fois : oui, « Who’s that Girl » (en vo), « Pas celle que tu crois » (répond la vf) est une vraie bonne comédie romantique à l’anglaise, qui fait voyager sa lectrice du sourire complice au gloussement hystérique en passant par les yeux qui piquent fort et qui surtout, surtout, sonne contemporain et sonne anglais ! On y suit Edith, trente-six ans, célibataire, sans enfants, une relation compliquée avec son père (veuf) et sa petite-soeur (difficile), rédactrice dans la publicité à Londres qui se voit contrainte de retourner à Nottingham le temps qu’une certaine affaire se tasse. Elle sera confrontée à tout un tas de choses diverses et variées qui, sans doute, auraient pu gagner à être un tantinet élaguées ou disons quelque peu triées mais tout passe, tant on reconnait dans la plume de Mhairi Mcfarlane (dont je vais tout lire) cette qualité que je tiens pour essentielle : la sincérité. C’est entraînant, vif, drôle, on peut se reconnaître à quelques petits moments choisis, la romance est secondaire (mais elle existe) et les personnages sont réussis. Bref, on passe un très bon moment !

« Ca y est, on arrive à l’âge où l’on commence à s’extasier devant une rosace de plafond. Tu la sens, la vieillesse ? »

« Comme il franchissait la porte, il se retourna.
– Merci d’être là. Ca me remonte vraiment le moral de vous voir.
– Moi aussi.
– Et moi donc !
Edie s’affala contre le dossier du canapé.
– Passer du temps avec les personnes qui vous font du bien. C’est l’une des grandes clés d’une vie réussie, non ? J’aurais aimé que quelqu’un me le dise quand j’avais vingt ans. Ne te fais pas « des amis ». Fais-toi *deux* amis. Des gens qui t’aimeront plus que tout et n’essaieront pas de coucher avec toi. Et ne les lâche plus.
Nick leva une main.
– Hum. Je crois qu’il y a eu comme un petit malentendu, là.« 

« Pas facile d’accepter que l’on avait sérieusement manqué de jugement par le passé, et qu’une personne qu’on avait un jour portée aux nues puisse se montrer aussi naze. »

——
Ca m’a fait le même effet qu’en 2010 en lisant Caren Lissner, tiens.

La vie (pas) très cool de Carrie Pilby – Caren Lissner (Carrie Pilby, 2003)
Ed. Harlequin, collection Darkiss, 2010, 531 p.
Traduit de l’américain par Gérarldine Bretault

« Si seulement j’avais pu échanger quelques points de QI contre un peu de béatitude ignorante. »

« Je suis à une soirée Pilby : une soirée pour une personne. J’adore les soirées Pilby. Je suis la seule invitée, et je suis toujours parfaitement à ma place.« 

Carrie Pilby a dix-neuf ans, a sauté allègrement trois classes, est déjà diplômée de Harvard, et est seule à en crever. Née anglaise, elle vit aux États-unis depuis toujours (New-York), a perdu sa mère d’un cancer alors qu’elle avait deux ans (aucun souvenir), et n’a pour toute famille que son père, souvent à l’étranger pour de longues périodes. Carrie n’a pas d’amis, pas de boulot, pas de but dans la vie. Ce qu’elle aime c’est dormir, son lit, son appartement-refuge, apprendre (et le soda à la cerise). Elle a des valeurs morales et ne conçoit pas vraiment de transiger pour s’adapter aux autres. Pour autant, elle réalise qu’elle ne peut pas vivre seule. « On ne peut pas avoir de conversation intelligente avec des gens doués de bon sens » : le bon sens n’est en effet pas ce qui la caractérise. Intelligente, elle l’est sans aucun doute, mais elle le paye au prix fort en immaturité affective. Elle ne sait tout simplement pas établir de rapports avec les autres. Une fois par semaine, elle voit un psy (payé par son père, un ami de la famille), qui va tenter de percer sa carapace…

Chouette roman, à la fois léger et profond, qui possède cette qualité si rare et si appréciée de choper le lecteur pour ne plus le lâcher. L’héroïne est déconcertante (dans le bon sens du terme) et le décalage entre sa maturité intellectuelle et son extrême candeur relationnelle est bien rendu. Une petite lenteur qui stagne aux trois-quart du roman, on se demande si tout ça va aboutir à quelque chose un jour, on regrette l’éternel cliché de la Saint-Sylvestre (et un peu le happy end aussi), mais bon, on veut bien, quand même, parce que c’est bien fait.
On s’amuse, on s’attendrit, on met en garde, et au final on est drôlement enchanté d’avoir rencontré Miss Carrie Constance Pilby (c’est un petit truc qu’elle nous apprend, entre mille autres : si vous en pincez vraiment pour quelqu’un, vous connaissez son deuxième prénom.)

« SURDOUEE CHERCHE GENIE JF blanche célibataire, 19 ans, très intelligente, cherche JH non fumeur, non drogué, très très intelligent, 18-25 ans, pour philosopher et parler de la vie. Hypocrites, mystiques et machos s’abstenir. »
—-

« I have met the enemy, and he is me.« 

« Scenes from a Holiday » (2005) est un recueil de trois nouvelles consacrées à Noël, qui score deux sur trois, pas si mal.
La dernière nouvelle, « Emma Towsend Saves Christmas » de Melanie Murray, est tellement classique qu’elle en est soporifique. Noël en famille, quand on fait tout pour l’éviter, mais que tout finit bien après quelques coups de gueule, moui, bon, me suis ennuyée.
La deuxième est géniale, « Carrie Pilby’s New Year’s Resolution » de Caren Lissner. Plaisir infini de retrouver notre copine, un an après, toujours aussi juste dans ses interrogations. N’a-t-elle pas tellement abaissé le niveau de ses critères qu’elle-même n’est plus qualifiable à ses propres yeux ?
La première, enfin, « The Eight Dates of Hannukkah » de Laurie Graf, sort également des sentiers battus : alors qu’elle est plongée en plein coma, Nicki se retrouve dans un New-York dystopique devenu Menorahville dont on ne peut sortir que mariée. Une ville entière de célibataires qui ont huit jours pour s’ouvrir aux autres et choisir « la » personne qui fera cesser leur égoïsme, par tous les moyens.
Les deux bons textes de ce recueil ont en commun d’inverser les stéréotypes et de proposer des héroïnes au comportement censé être masculin : refus de l’engagement, papillonnage, ce n’est qu’en se voyant à travers d’autres yeux que nos copines ouvriront les leurs. Et puis surtout c’est drôle, de situations cocasses (très visuelles) en interrogations plus profondes, Nickie et Carrie sont immédiatement attachantes, et on passe un excellent moment en leur compagnie.
Je recommande.

« You’re so naive, she said.
– Why ?
– He’s an actor, he’s in New York, he’s single, he’s thirty one, he loves the theater…
– Doesn’t mean he’s gay.
– I’d agree with you, except the play he’s starring in is called Queerano de Bergerac…« 

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