« Moi, quand j’ai le temps, je lis des romans policiers, je regarde des films policiers et des séries télé et j’apporte la preuve que l’enquête s’est fourvoyée.
Elle ne comprit pas. Personne ne comprenait.
– Tu l’apportes à qui ?
– A moi-même. Je lis le roman policier jusqu’au bout, ensuite je refais l’enquête, je traque les erreurs, volontaires ou non, et j’arrive à prouver que le détective s’est trompé. Que la vraie solution est toujours différente de celle proposée par le héros.
– C’est vrai pour tous les romans policiers que tu as lus ?
– Oui.
Il était même prêt à jurer que c’était vrai pour tous les romans policiers. »

mishani

Une disparition inquiétanteDror Mishani
Seuil 2014 & Points 2015, 380 pages
Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz (Tik N’Edar 2011)

Un drôle de type que cet Avraham Avraham, commandant de police en banlieue de Tel-Aviv. Pas encore quarante ans, célibataire, très proche de ses parents qui ne s’entendent pas plus que ça entre eux (et qui n’ont pas été des parents très tendres), a priori pas plus doué que ça dans son boulot et un passe-temps assez curieux, refaire pour lui-même les enquêtes des romans, films et séries policiers.
Un soir, alors qu’il allait partir dans pas longtemps, une mère vient signaler la disparition de son ado, qu’elle n’a plus vu depuis le matin; il la rassure vaguement et lui conseille de revenir le lendemain si nécessaire, persuadé que le jeune homme se montrera d’ici là. Enfin, persuadé, pas tant que ça, puisqu’immédiatement, la culpabilité se met en branle – et s’il s’agissait d’une vraie disparition, ne perdrait-il pas un temps précieux ? De fait, Ofer est toujours absent le lendemain et l’enquête commence…
C’est un régal de se faire emmener tout du long vers des fausses pistes, d’autant plus qu’elles demandent un réel investissement de la part du lecteur. Dror Mishani ne mâche aucun travail et propose une profondeur d’esprit à laquelle on est peu habitué en terme de romans policiers, loin de tout rebondissement spectaculaire. Pourtant, on est à mille lieux de percer la double révélation qui surgit finalement, et on partage intégralement les bouillonnements de notre commandant.
Il est par ailleurs très agréable de plonger dans le quotidien israélien, et les deux petits mots magiques qui ferment les 380 pages promettent d’autres belles heures de lecture : « A suivre. »

Ce sont les commentaires de je-ne-sais-plus-qui sur je-ne-sais-plus-quel-billet chez Jean-Marc qui m’ont donné envie (je suis très précise comme fille), mais tout ça pour dire que le blog de Jean-Marc me donne très souvent envie.

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