« Tu te rends compte que communauté et communication ont la même racine, communis en latin, ce qui veut dire commun, public, partagé par le plus grand nombre ? »

eggers

Le cercleDave Eggers
Gallimard, collection Du Monde Entier, 2016, 511 pages
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle et Philippe Aronson (The Circle 2013)

Mae a vingt-quatre ans, elle vient d’une toute petite ville près de Fresno, fille unique de parents déjà âgés à sa naissance, après la fac elle a travaillé pour le service public dans son village, et elle a failli périr d’ennui. Sa coloc de la fac l’a faite entrer au Cercle, sorte de condensé de toutes les sociétés 2.0 du moment (Apple, Microsoft, Facebook, Twitter & co). Cette boite a un siège social démentiel qui est une énorme ville à lui tout seul et où les employés peuvent vivre sans jamais en sortir. Le Cercle prône la transparence et l’utilisation massive des réseaux sociaux (les leurs, évidemment, ils possèdent tout), et pour ce faire mesurent absolument tout, du rythme cardiaque à la popularité en passant par l’influence, tout est regroupé dans un « rank » qui devient vite le but ultime de Maé : monter dans le classement…
Impossible lorsque j’ai lu le billet de Papillon de ne pas me précipiter sur ce roman, et je la rejoins sur plusieurs points : c’est véritablement une lecture addictive, et c’est soi une gageure, tant c’est mal écrit. Ce n’est pas un problème de traduction, ce sont les personnages qui sont invraisemblables et leurs interactions sont tellement pataudes qu’on se sent mal à l’aise. L’héroïne, Maé, est d’une stupidité sans nom et une myriade d’éléments heurtent tout sens commun, tant ils sont naïfs. Et pourtant, oui, on ne lâche pas ce roman, parce qu’il met le doigt sur quelque chose de fascinant. C’est un fait que nos vies ont changé avec les réseaux sociaux, et que le net prend une place de plus en plus prégnante. Dave Eggers pose les bonnes questions, il aborde tous les thèmes liés à ces nouvelles formes de communication et il le fait bien. Un roman qui permet vraiment de s’arrêter sur ses propres pratiques, et il y a matière à réflexion…

« Personne n’a besoin en vérité du niveau de contact que vous fournissez. ça n’améliore rien. Ca ne nourrit rien. »

« Il y avait des millions de gens à travers la planète qui seraient solidaires, qui la soutiendraient de toutes sortes de façons surprenantes et sincères. La souffrance se résume à la souffrance si on souffre en silence, seul. Souffrir en public, devant des millions de gens aimants, ce n’était plus souffrir. C’était communier. »

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