« J’aime beaucoup la citation de Mark Twain : « L’histoire ne se répète pas, mais elle rime. » »

Alameddine

Les vies de papierRabih Alameddine
Les Escales, 2016, 304 pages
Traduit de l’anglais par Nicolas Richard (An Unnecessary Woman 2013)

En constatant que l’auteur était un homme après avoir lu ce roman je n’en revenais pas : j’ai accordé foi tout du long à la voix d’Aaliya, j’étais persuadée de lire un récit et non un roman. Je la voyais tellement bien, cette beyrouthine de soixante-douze ans, solitaire dans son grand appartement délabré et de plus en plus inadaptée à toute vie sociale. Tout comme chaque 1er janvier elle entame une nouvelle traduction, je la pensais décidée à coucher sur papier sa vie différente, à témoigner qu’on peut être arabe, libanaise, répudiée, libraire, athée, drôle, râleuse, amoureuse folle de la littérature, qu’on peut lire ses contemporains – et se désoler de leur platitude -, se référer aux classiques comme on respire – sans le moindre atome d’une quelconque pédanterie -, ou qu’on peut se définir comme traductrice même – et peut-être surtout si – personne n’a jamais lu notre travail. Ainsi Aaliya n’existe pas ? Il fallait l’inventer. Elle était nécessaire. Elle m’a montré Beyrouth comme si j’y déambulais moi-même, j’ai vécu toutes les guerres qui s’y sont succédé, j’ai fait l’appel de chacune de mes vertèbres avant de poser le pied sur le sol le matin, j’ai connu Hannah et je la pleure encore, et surtout, surtout : j’ai envie de lire, lire, lire, encore plus.

« Je me suis depuis bien longtemps abandonnée au plaisir aveugle de l’écrit. La littérature est mon bac à sable. J’y joue, j’y construis mes forts et mes châteaux, j’y passe un temps merveilleux. C’est le monde à l’extérieur de mon bac à sable qui me pose problème. Je me suis adaptée avec docilité, quoique de manière non conventionnelle, au monde visible, afin de pouvoir me retirer sans grands désagréments dans mon monde intérieur de livres. Pour filer cette métaphore sableuse, si la littérature est mon bac à sable, alors le monde réel est mon sablier – un sablier qui s’écoule grain par grain. La littérature m’apporte la vie, et la vie me tue.
Enfin, la vie tue tout le monde. »

« Certes, la présence de ma mère ferait sortir la plupart des gens de leurs gonds, et je ne souhaite à personne qu’elle leur crie dessus, pas même à Benjamin Netanyahou, ni même à Ian McEwan. »

« Je me suis glissée dans l’art pour échapper à la vie. Je me suis enfuie en littérature. »

« Comment peut-on décrire les qualités éphémères de l’acte charnel au-delà des pénétrations, des tâtonnements et des halètements ? Comment peut-on user des mots adéquats pour décrire l’ineffable, l’au-delà des mots ?
Ces Arabes lubriques et leurs homologues occidentaux étaient capables d’expliquer les aspects techniques, ce qui est utile, bien sûr, et délicieux. Certains atteignaient au spirituel, au psychologique et la métaphore était aimée de tous. Nonobstant, croire que les mots peuvent de quelque façon que ce soit refléter ou, hélas, expliquer le mystère infini de l’acte charnel revient à croire que lire des notes noires sur papier peut illuminer une partita de Bach, ou qu’en étudiant la composition ou la couleur on peut comprendre les autoportraits de Rembrandt à la fin de sa vie. L’acte amoureux, comme l’art, peut perturber une âme, peut concasser un coeur au mortier. Le sexe, comme la littérature, peut faire entrer l’autre en vos murs, même si ce n’est que pour un moment, un moment avant lequel à nouveau on s’emmure. »

« Parmi les nombreuses définitions du progrès, « ennemi des arbres » et « tueur d’oiseaux » me semblent les plus pertinentes. »

favorited_reviews_120Net Galley

C’est Cathulu qui m’a donné envie.

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