Zink

Une comédie des erreurs Neil Zink
Seuil, 2016, 303 pages
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Charles Recoursé (Mislaid 2015)

Quel étrange premier roman !* Je ne sais pas, en le terminant, si je l’ai aimé ou pas, mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a une autrice, là. L’histoire que nous raconte Neil Zink est à la fois totalement absurde et parfaitement maitrisée, sa narration est ultra particulière, tenter de l’expliquer est d’une grande difficulté. C’est l’histoire d’une famille, en Virginie, des années 60 aux années 80. La voix qui raconte se tient à distance, s’attarde sur des moments précis curieusement choisis, avance à grand pas ou fait du surplace, et est toujours d’un sérieux inébranlable. Dans le même temps, ce qui se passe est improbable, extrêmement empli d’érudition, et d’un humour percutant. C’est loin d’être facile à lire – parfois j’ai dû relire même, bien que les mots soient simples ils sont agencés de telle façon que le sens se dérobe (enfin, pour moi en tout cas !). Mais de ce fait c’est intrigant, intéressant, et on a toujours envie d’en savoir plus. Les Fleming m’ont rivée à leurs démêlés et j’ai terminé en riant toute seule devant ce monument de scène qu’est le repas des retrouvailles. Un roman intelligent !

« Peggy n’allait jamais voir ses parents de son propre chef, mais c’était un cas exceptionnel. En général, Lee et elle alternaient pour ne délaisser aucune famille : Pâques ici, le 4-Juillet là, ainsi de suite. Ils dînaient invariablement chez les Vaillaincourt pour Thanksgiving car la mère de Lee ne cuisinait pas. Ensuite tout le monde se rendait chez les Fleming pour Noël. Ils avaient des bonnes qui veillaient à ce qu’on ne manque jamais de lait de poule, et un sapin haut de deux étages dans le vestibule avec un train miniature autour du pied, et les petits les adoraient. Les parents de Peggy, à l’inverse, trouvaient que sa façon de les gâter dépassait l’entendement. Sa mère s’était agenouillée sur le tapis à côté de Byrdie , avait caché son nouveau ballon Nerf derrière son dos et dit : « Je sais que tu n’as pas l’habitude qu’on te dise non, mais je ne veux pas jouer à ça maintenant. Je veux qu’on joue aux cartes avec ta soeur. Est-ce que tu veux bien faire une petite chose pour quelqu’un d’autre ? » Avec les Vaillaincourt, les réunions de famille étaient des affrontements tendus et bornés autour de l’éducation des enfants, un bouillonnement derrière une façade de distinction ritualisée, et tout le monde les évitait soigneusement. »

*En fait il s’agit seulement du premier roman traduit en français, voir les commentaires.

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