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Le Livre des Choses Etranges et NouvellesMichel Faber
L’Olivier, 2015, 622 pages
Traduit de l’anglais par Matthieu Dumont et Arthur Lochmann (The Book of Strange New Things 2014)

« Les mots sont mon métier, c’est vrai.Mais il arrive que je n’en fasse pas un usage très avisé, et ce n’est pas forcément à travers eux que l’on communique le mieux. »

Pour ma cinquième lecture dans le cadre du * * Summer Star Wars, épisode VII * *, j’ai choisi un Planet Opera, et j’ai adoré. Si j’avais déjà lu Michel Faber, c’était dans un genre très différent, même si la religion occupait déjà un thème central (Le Cinquième Evangile, 2009*).

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Dans ce Livre des Choses Etranges et Nouvelles, nous suivons Peter, qui, après de nombreux et très poussés tests, a été choisi pour évangéliser les habitants d’un planète que la Terre essaie de terraformer. Nous sommes dans un futur pas si lointain, tout se barre en sucette sur la Terre et l’organisme qui a succédé à la NASA tente de coloniser la planète Oasis (dont le nom a été l’objet d’un concours), dans une expérience située aux contraires de l’impérialisme. Peter a mené une vie tumultueuse avant de rencontrer Béatrice qui l’a converti. Leur foi est pleine et absolue, leur couple est fusionnel et profondément heureux et c’est confiants qu’ils envisagent leur séparation. Après un voyage en hibernation, Peter prend ses marques sur cette nouvelle planète, très différente de la Terre, et se consacre à ses nouvelles ouailles, qui sont très demandeurs…

C’est de la pure Science-Fiction (il est d’ailleurs intéressant de noter qu’elle est de plus en plus éditée en collection blanche…) et c’est tout simplement excellent.

L’épouse depuis 26 ans de Michel Faber est décédée d’un cancer pendant qu’il écrivait ce roman, et il a déclaré qu’il voulait faire de ce livre la chose la plus triste qu’on ait jamais lu (ou quelque chose comme ça) : c’est réussi. La manière dont se délite le couple de Peter et Béa fait forte impression, d’autant plus que le rythme est lancinant; il ne faut en aucun cas attendre des sensations fortes ou une exploration remuante, la lenteur domine, et le lecteur est convié à prendre part à un véritable cheminement, qui se révèle petit à petit métaphysique. L’atmosphère du roman est une des choses marquantes, sans effets de description ni de recours aux péripéties Michel Faber parvient à nous immerger complètement dans son histoire; il y a quelque chose d’hypnotisant dans tout ça, dans ce personnage de pasteur aux nombreux côtés naïfs et parfois aussi pénibles – le prosélytisme est fatigant, en général et dans ce cas particulier aussi – et surtout dans le thème de la rencontre, qui est longuement exploré (c’est d’ailleurs bien plus de ce côté que penche le roman, plus en tout cas que de celui de l’ethnologie – qui est aussi présent, évidemment). Mais les thèmes sont nombreux, sous ces apparences lénifiantes : qu’est-ce qu’être humain, l’amour, les autres, la foi, la communication, la nourriture, la construction d’une société, etc.

On n’a pas du tout envie de quitter cet univers lorsqu’on arrive (bien trop rapidement) à la dernière page, on aimerait ardemment connaître la suite et pousser encore plus loin les points abordés. J’ai lu quelque part que Michel Faber ne voulait plus écrire, et je le regrette infiniment.

Les avis de : Pr. Platypus, Virginie Neufville, …

*Le cinquième Evangile

C’est l’histoire d’un obscur petit universitaire canadien spécialiste de la langue araméenne qui, alors qu’il est dans un musée irakien, voit les déflagrations d’une bombe éventrer un bas-relief : à l’intérieur, il trouve neuf rouleaux de papyrus. Il s’agit d’un truc énorme, un nouvel Evangile rédigé en araméen, plus ancien que ceux de Matthieu, Marc, Luc et Jean, et établi par un témoin direct. Aussitôt traduit, sa parution va entraîner des réactions fortes, et très différentes les unes des autres. La vie de Theo en sera forcément complètement transformée…
« Ce mec est chiant, pensa Theo. Putain, qu’il est chiant. » Ce roman est vraiment drôle, alerte et souvent féroce. La grande naïveté de notre universitaire est délicieuse, il traduit en un tour de main ces papyrus sans jamais mesurer la portée du texte, il le fait publier en se doutant bien que ça va intéresser les gens mais sans anticiper l’énormité des retombées médiatiques. Il se met à consulter les commentaires sur Amazon, c’est criant de vérité, il subit les ors et les revers du vedettariat, il enchaîne les déplacements et lectures publiques sans se poser plus de questions que ça.
Dans le doute, le pire arrive toujours et il ne se défilera pas ici : néanmoins, c’est encore par un pied-de-nez que tout s’achève.

Ed. de l’Olivier, juin 2009, 197 p.
Traduit de l’anglais par Adèle Carasso
Titre original : The Fire Gospel

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