« Elle avait bien un air d’éditrice. En d’autres termes, elle avait l’air intelligente, résolue et sophistiquée, et ses lunettes étaient vraiment cool. »

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Ceci n’est pas une histoire d’amourMark Haskell Smith
Editions Rivages 2016, 316 pages
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Julien Guérif (Raw 2014)

Ce roman m’est arrivé entre les mains par une pure histoire de blogueuses (les meilleures ? :)) : c’est parce que Cathulu en avait fait une chronique irrésistible que je me suis écriée : « Il me le faut ! », et c’est parce que Marie a lu tout ça qu’elle est arrivée lors de notre rencontre (après dix ans à se suivre sur le net !) les mains chargées : merci Marie !

J’avais déjà lu Mark Haskell Smith en 2010*, aussi savais-je à peu près dans quoi je mettais les yeux, et je n’ai pas été déçue. Là aussi, ça va vite (excellent sens du rythme), c’est épicé (parfaite capacité d’évocation), c’est drôle (un humour très élégant en plus, caustique mais jamais méchant), c’est tout simplement excellent.

Mark Haskell Smith est de la famille de Laurent Chalumeau en ce qu’il tricote des intrigues tissées d’absurde sur un fond parfaitement solide et documenté.

Dans ce roman trois personnages principaux décryptent la société américaine; il y a Sepp, star de la téléréalité beau comme un dieu mais débile – profondément stupide (et on verra que la bêtise est dangereuse, même sans une once de méchanceté – concept qu’il ne comprendrait pas, de toute façon); il y a Curtis, qui a écrit le roman signé par Sepp,

« Harriet l’aperçut du coin de l’oeil. C’était son genre de mec. Non pas à cause de ses belles chaussures en cuir, de son pantalon Dickies, du T. shirt rouge qu’il portait sous son blazer bleu marine ou des lunettes tendance qui glissaient de son nez curieusement difforme; c’était le livre qu’il lisait. Our Ecstatic Days de Steve Ericsson. »

déchiré de devoir mettre ses indéniables (et ultra talentueuses) qualités littéraires au service d’une telle cause mais incapable de se faire éditer pour lui-même; et enfin il y a Harriet, blogueuse littéraire pointue et élitiste

« Certains aspects des relations sexuelles lui manquaient, mais Harriet se sentait heureuse. Elle avait à sa portée tous les amants et toutes les aventures sexuelles dans les pages d’un bon livre. Une oeuvre d’art pouvait l’électriser, la transporter, la changer. Elle aimait les livres plus qu’elle n’aimait les gens. Il n’y avait aucun mal à cela. N’étais-ce pas mieux que de vanter ses mômes ou de vivre l’existence d’un mari par procuration ? »

qui n’en reviendra pas de se retrouver au beau milieu de cette aventure échevelée. Car ça déménage ! C’est chaud-bouillant et tout le monde en prend pour son grade…
Un roman qu’on ne lâche pas une fois commencé !

« Mark Haskell Smith écrit bien, surtout sur le sexe et la nourriture, et ses intrigues à tiroirs vont si vite qu’elles sont sacrément rafraîchissantes. » Los Angeles Time. ==> C’est exactement ça.

*Salty  Ed. Rivages/thriller, 2010, 286 p. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Julien Guérif:

Turk est en vacances avec sa femme Sheila en Thaïlande. Il était le bassiste de Metal Assassins, un groupe de rock archi connu qui met le feu à la planète entière. Était, parce que le groupe s’est séparé. Turk ne sait pas ce qu’il va faire maintenant, financièrement il est hypra riche mais il aime sincèrement et profondément la musique, il ne pourra pas rester sans jouer. Dans l’immédiat, ce qui occupe toutes ses pensées c’est sa « rédemption », il a craqué sur toutes ces conneries à la mode aux States et a subi une thérapie visant à le guérir de son « addiction au sexe ». Depuis qu’il a épousé Sheila, ancien mannequin à la beauté toujours stupéfiante, il lui est fidèle, au prix d’incessants efforts; il a beau être moche et gras du bide, sur une rock star planétaire les filles se jettent de tous côtés.
Sheila se fait kidnapper. Turk est empêché de fournir la rançon demandée par un agent de la ICE totalement frappé qui se prend pour la main de doubeulyou-contre-le-terrorisme, avant de craquer pour le million de dollars qu’il tient entre les mains (mains, par ailleurs, perpétuellement aseptisées, notre Ben étant un maniaque des bactéries).
Voilà donc tout notre petit monde, plus quelques américains venus prêter main forte, dans une Thaïlande aux multiples visages, en prise avec des problèmes existentiels…
Le moins qu’on puisse dire c’est que c’est décapant. Drôle, alerte, super bien construit et maintenu, ça éclate en saveurs diverses et on ne lâche pas une page. Thriller aux apparences caricaturales, Salty offre des personnages sincères et crédibles auxquels on s’attache, pris dans une action qui ne part pas dans tous les sens. On dirait du n’importe quoi, mais c’est du solide bien mené et caustique.
Par contre, c’est cru et carrément explicite au niveau du sexe, attention aux yeux chastes ou trop jeunes.

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