Harvey

Couleur francheJohn Harvey
Rivages/Noir 2004, 329 pages
Traduit de l’anglais par Mathilde Martin (2001 In a True Light)

J’étais curieuse de savoir si la plume de John Harvey saurait me séduire sans Resnick et la magie a opéré sans problème, je me suis sentie immédiatement dans l’ambiance : l’art est au coeur de « Couleur franche », traduction qui ne respecte pas l’allusion du titre anglais « In a True Light » (un très joli compliment à faire à un peintre). La peinture, évidemment, puisque le héros est peintre et retrouve un amour de jeunesse, grande prêtresse de l’abstraction, mais pas seulement (la littérature, un peu, le jazz, beaucoup). Sloane a la soixantaine, il sort de prison parce qu’il a cédé à la contrefaçon, il n’en est pas fier. Dans son atelier l’attend un courrier vieux de quelques mois, il aura tout juste l’occasion d’assister aux derniers instants de Jane et d’apprendre qu’il est papa, depuis plus de quarante ans. Entre New York, Londres et un petit passage en Italie, on suit ce tout nouveau vieux père qui a du mal à assimiler ce bouleversement…
C’est un polar sans prétention au rythme tranquille qui est peut-être un tout petit peu trop chargé pour être grandiose mais qui est honnête : de toute façon ça fait tellement plaisir d’entrer à nouveau dans l’univers de John Harvey qu’on apprécie tout.

J’adore sa façon de parler du Jazz :
« Just Friends, dit Connie au pianiste, la main sur le micro. Deux bémols.
Sa voix n’est pas puissante, pas la plus puissante qui soit, mais elle a une qualité particulière, une profondeur dans les notes basses, un phrasé qui n’est ni affecté ni prétentieux, et pourtant elle revendique ces mots, ces paroles souvent entendues, certaines comme si elle en était l’auteur. Dans l’ensemble, elle s’en tient aux standards, à des choses qu’elle a écoutées pour la première fois sur des disques que sa mère mettait après le travail, pour se détendre . Ella, Billie Holiday, Sarah Vaughan. Lorsque les paroles de The Very Thought Of You lui échappent, elle sait rire, se moquer d’elle-même, puis recommencer. Quelqu’un a demandé à ce qu’elle chante une chanson pour un anniversaire, « Un truc des Beatles », gribouillé sur une serviette en papier. Elle termine son set par In My Life, tempo lent, sa voix mélancolique pleine d’émerveillement. Des applaudissements timides brisent le quasi silence et le remplissent, ils se prolongent un moment. Connie penche la tête en avant. Sa nuque est luisante de sueur. Le pianiste lève son verre vers elle tendis qu’elle s’éloigne. »

Hum, Harvey n’aime pas Roth ?
« Sloane avait fini de lire Another Country. Il avait acheté un roman d’occasion de Philip Roth et l’avait oublié dans un restaurant de l’Upper East Side, alors qu’il n’en avait lu que quelques pages : un acte manqué. »

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