Je suis en train de lire « Roth délivré » (Un écrivain et son oeuvre) de Claudia Roth Pierpont, un essai écrit en 2013 et paru cette année chez Gallimard (traduction de Juliette Bourdin), et c’est peu dire que je m’en délecte. C’est un essai formidable qui accroche le lecteur dès l’introduction, avec un premier paragraphe dynamique et incitateur. La comparaison avec l’exercice d’admiration de Josyane Savigneau est amusante :

CRP : « Je m’apprêtais à quitter une soirée d’anniversaire très animée, en décembre 2002, lorsque l’hôte m’arrêta à la porte pour me dire que, si je restais, il me présenterait à Philip Roth, dont il me savait admiratrice. La fête se déroulait en ville dans un club de jazz – l’hôte attentionné était le lauréat et critique de jazz Stanley Crouch – et Roth était assis au bar, entouré de gens. Enhardie par Stanley et par deux bières, je l’abordai et lâchai que je le considérais comme l’un des grands romanciers américains du vingtième siècle. Il répondit en souriant : « Mais nous sommes au vingt et unième siècle. » Puis il se tourna vers Stanley et lui dit : « Tu m’amènes ces femmes et voilà qu’elles m’insultent ! » Nous rîmes, j’ajoutai quelques petites choses que j’espérais être moins embarrassantes, puis je m’en allai. Roth ne se souvient pas du tout de cet épisode. »

JS : « Ce livre a été précédé d’une longue histoire. D’une certaine manière, il s’est construit pendant vingt ans. Grâce à Philip Roth, grâce aussi au journal Le Monde, qui m’a permis de le suivre de livre en livre, de le rencontrer régulièrement. Ce serait resté une excitante aventure de lectrice et de journaliste si Philip Roth n’avait annoncé, à l’automne 2012, qu’il cessait d’écrire et de publier, que Némésis était le point final mis à son oeuvre. Fin de partie ? Plus de nouveaux romans à commenter, plus de rendez-vous annuels avec Roth pour en parler. Et ce sentiment pénible qu’il devenait posthume de son vivant. »

Deux styles bien différents, deux approches opposées – l’une joyeuse, l’autre plus solennelle -, qui répondent en miroir au contenu des livres : CRP a écrit un véritable essai tandis que JS reste dans le domaine du document. J’ai trouvé ça amusant.

Roth

Notable, aussi, que les photos choisies pour illustrer ces livres soient des photos montrant un Philip Roth plus jeune. Celle de JS est la plus belle, indéniablement, avec une profondeur de regard troublante. Mais celle de CRP offre une attitude rothienne pur jus, mains dans les poches, tête haute, regard qui toise : c’est bien celui qui a écrit ce que j’ai lu 🙂 J’ai regardé un peu les différentes traductions, et seule la Pologne s’est démarquée, en mettant en couverture un Philip Roth plus âgé.

Polonais

PS. Je pars une dizaine de jours jouer les mamie-gâteau*, sans ordinateur donc ne soyez pas surpris : blog au repos.

Pianiste

*En réalité, je suis « Mamie OK ». Il semblerait que je le dise beaucoup et Arthur m’a dotée de cette distinction, pour se repérer entre ses mamies 😉

 

 

Publicités