« Le lait c’est plus qu’un aliment, c’est un symbole, c’est l’enfance, le liquide nourricier, le lien maternel. En un mot c’est la mère. Et qui oserait dire que la mère est mauvaise pour la santé ? « Hervé Bazin », pense Claire silencieusement. »

Dupays

BrillanteStéphanie Dupays
Mercure de France, 2016, 180 pages

Claire est une jeune femme qui réussit tout : après « la » grande école de commerce, elle s’est engagée dans un grand groupe agro-alimentaire et mène une vie de couple harmonieuse avec son double au masculin, qui se démène dans la finance. Ils sont beaux, ils sont jeunes, et ils sont intelligents, pas d’histoire alors ? Evidemment si, car si on gratte sous la surface les failles apparaissent : quid de leur intimité, par exemple, et surtout, de la confiance ? Claire va connaître un obstacle dans son parcours professionnel, qu’elle ne parviendra que tardivement et difficilement non seulement à révéler à son compagnon mais surtout à appréhender elle-même. Comment réagit-on quand sa vie sort de ses rails ?…
C’est un premier roman et il est riche de qualités. Malgré un sujet peu attirant à première vue (le blues des nantis, ou la survenue du burn-out), Stéphanie Dupays insuffle des éléments d’empathie de manière d’autant plus paradoxale que la narration est très froide. On y croit complètement, ça pourrait même ressembler par moments à un reportage, sensation confortée par un lexique professionnel : beaucoup de termes très connotés. Pourtant, des scènes très réussies du domaine personnel (le déjeuner avec les deux couples de parents, au niveau social si différent ou encore celles avec la soeur) nous rappellent que l’on est dans un domaine romanesque. De nombreux éléments font froid dans le dos, j’ai été impressionnée par exemple par la perversité d’un détail : quand vous tombez en disgrâce, dans la boite de Claire, on vous rétrécit le bureau. Littéralement. Pendant le week-end, le service technique le fait passer de x cm3 à la marge inférieure (marges codifiées dans le règlement de l’entreprise, à tel niveau d’employé correspond un espace précis) (la dinguerie du truc !), et le lundi vous vous sentez à l’étroit sans comprendre pourquoi…
Mené sur un rythme rapide, le texte se lit d’une traite, et amène à s’interroger sur la notion de réussite.

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