Thinking-Womans-Guide-to-Real-Magic-med

The Thinking Woman’s Guide To Real MagicEmily Croy Barker
Penguin Books, 2013, 563 pages

Parmi ses auteurs préférés, Emily Croy Barker cite Kate Atkinson (1) et dit même qu’elle est contente d’avoir écrit son premier (et unique, à ce jour…) (2) roman après avoir lu « Dans les replis du temps », parce qu’en quelque sorte c’est le livre qu’elle voulait écrire (3); effectivement, on voit bien en quoi ces deux romans sont de la même famille mais en même temps (4), leur lien tient avant tout dans leur genre : « The Thinking Woman’s Guide To Real Magic » (5) est de la pure de chez pure Fantasy. Alors bien sûr il faut avoir envie de se lancer dans six cent pages en anglais (6), et comme ça à première vue la Fantasy n’est pas un genre vers lequel je me rue (7) mais enfin parfois certaines chroniques sont irrésistibles.)

Tout commence assez normalement, on a une héroïne (Nora) qui galère pour terminer sa thèse (normal), elle est jeune-mais-pas-trop (29), ni jolie ni moche, et elle vient de se faire larguer. Alors qu’elle fait une mini-rando un matin dans un coin qu’elle ne connaît pas, elle se « perd », et trouve assistance auprès d’une femme absolument extraordinaire : Ilissa. Seulement rien n’est ce qu’il semble être…

La trame qui soutient ce texte est très classique : l’héroïne a changé de monde par le biais d’une « porte » (8) (sans s’en rendre compte), celui dans lequel elle est coincée jusqu’à la prochaine porte est médiéval (9), c’est plein de magie partout, et on lui veut du mal. Ce qui l’est moins, c’est que l’héroïne est une héroïne (10); que la très méchante est une très méchante (11); et surtout, que le roman est très moderne malgré son ancrage dans un monde imaginaire (12).

Dans ce monde, on parle une langue étrangère (l’Ors), l’occasion de développer certains points linguistiques, et pour Nora de traduire en Ors le seul livre qu’elle avait dans sa poche : « Pride and Préjudice » (13) (et évidemment, de tricoter quelques petites transpositions croquignolettes). Certains démons se nourrissent de poèmes (14), la magie est belle et en pleine osmose avec la nature (15), les très méchants sont très méchants mais ne peuvent pas mentir – si c’est pas un empêchement jouissif, ça – et plus jamais vous ne confondrez un sorcier et un magicien (faute lourde).

Pour nuancer, il me faut reconnaître que tout est tout de même très attendu : aucune surprise dans le déroulé de l’histoire, quelques petits moments maladroits et une Nora parfois trop cruche, même si c’est pour la bonne cause (le contrepied des héros valeureux et tellement intelligents). Mais aucune importance, vraiment, tant on se sent bien entre ces pages. On sent monter en soi les sentiments au diapason de ceux de l’héroïne et l’épilogue est une grande frustration : parce que ça s’arrête, déjà, et surtout parce que ce qui va suivre mérite d’être raconté, d’une façon ou d’une autre (16).

(1) Premier bon point
(2) Depuis 2013, pas de suite écrite ? Horriblement frustrant.
(3) « Kate Atkinson is best known now for her Jackson Brodie mysteries, but I’m really glad that I didn’t read her Human Croquet until after I wrote The Thinking Woman’s Guide, because in some ways that’s the book I wanted to write. » Q&A with Emily
(4) « Au même temps », comme dit Mika. C’est incorrect, mais si joli.
(5) Je déplore ce titre. Long, peu représentatif, fort peu incitatif.
(6) Je confirme, depuis 2013 aucune traduction en français n’a été faite.
(7) de la paix (pardon)
(8) Tout à fait comme, par exemple, le mur de la gare pour Harry Potter.
(9) Ou médiévalisant.
(10) Deuxième bon point
(11) Troisième
(12) Quatrième
(13) Cinquième
(14) Sixième
(15) Septième
(16) Ceci est un appel.

Mika

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