« La vérité exige d’être formulée à bout portant. Alors elle tue. Le sachant, on tient en joue sans jamais tirer… Ou à blanc. Et ça continue… »

Cathrine

Je ne retrouve personneArnaud Cathrine
Editions Verticales, 2013, 240 pages

Aurélien est né et a vécu à Villerville, petite station normande tranquille (euphémisme) proche de Deauville. Ses parents y étaient pharmaciens, il y était malheureux. Etouffé dans l’ombre de son frère aîné, promener sa silhouette dégingandée était une souffrance, il était raillé, meurtri par les quolibets de certaines petites brutes. A un moment il n’a eu d’autre choix que de devenir leur ami. Une fois installé à Paris, il en a fait un roman. Aujourd’hui, à trente-cinq ans, il faut vendre la villa familiale. Ses parents sont installés dans le sud de la France, son frère est en tournage au loin, il doit retourner à Villerville pour la faire estimer. Revient-on impunément dans les vestiges de ses souffrances ?…
Un roman pudique et désenchanté, qui parle du mal de vivre et que sous-tendent les ambiances désolées et grises des bords de mer hors saison. Les liens familiaux sont bien exploités, la voix du narrateur sonne juste et on se laisse couler le long des pages en ayant l’impression de faire partie du tableau.

« Il n’y a pas de bon vieux temps, Hervé. Il n’y a que du temps révolu. »

« Paris m’aura, entre autres choses, autorisé ça : pouvoir me fondre dans la foule, marcher dans la rue sans craindre de me faire insulter. Mes livres m’auront autorisé plus exaltant encore : être entièrement responsable des jugements que j’inspire, fussent-ils négatifs. »

« Il a eu un petit sourire condescendant.
– Le problème avec toi, c’est que tu n’as jamais supporté la moindre critique.
Puis il m’a regardé droit dans les yeux :
– Tu t’es ennuyé en écrivant ce livre, pas vrai ?
– En fait, je supporte très bien la critique; un peu moins certaines remarques. Tu saisis la nuance ?« 

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