« Ma fille était une femme déçue par son père. Des années durant, elle avait fabriqué des pots en terre cuite pour Joe, en cours d’art plastique, une avalanche interminable de céramiques, un effort soutenu, prolongé, destiné à capter son attention. Son amour, elle l’avait déjà. L’amour, c’était facile. L’attention, c’était tout à fait autre chose, et comment diable y parviendrait-elle ? Elle n’était pas une partenaire sexuelle possible. Elle n’était pas une de ses consoeurs. Elle n’était pas un livre. Elle était une fille. »

la doublure

La doublureMeg Wolitzer
Rue Fromentin, 2016, 252 pages
Traduit de l’anglais (américain) par Johan-Frederik Hel Guedj

C’est Joan qui raconte, fidèle épouse de Joseph Castleman, depuis des lustres. Septuagénaires (elle est un peu plus jeune que lui, si tant est qu’arrivés à cet âge cela ait encore une quelconque importance – et en réalité, la différence d’âge l’est-elle jamais en amour ?), ils ont traversé de nombreuses années de mariage mais c’est décidé, elle va le quitter. Ils sont dans l’avion qui les emmène en Finlande, où Joe va recevoir une prestigieuse récompense (pas tout à fait le Nobel mais presque) pour l’ensemble de son oeuvre. Joe est un écrivain, célèbre, reconnu, qui a de toute éternité vécu pour la littérature. Joan aussi, différemment. C’est comment, d’être une femme d’écrivain ?….
Un roman qui annonce la couleur d’entrée de jeu mais qui réussit tout de même à surprendre, par la profondeur de son propos et la tonalité dérangeante de sa lucidité. Tout est sobre, et juste, on ne perd jamais de vue le conséquent désenchantement de la narratrice qui parvient envers et contre tout à nous faire ressentir les raisons de sa loyauté indéfectible, et qui pose de sacrées bonnes questions quant à la condition féminine. Un roman qui touche à la perfection, en ce qui me concerne.

Merci Cath !

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