ribes mille un morceaux

Mille et un morceauxJean-Michel Ribes
Editions de l’Iconoclaste, 2015, 510 pages

Recueil de textes de différentes natures et longueurs, ces « Mille et un morceaux » constituent, à défaut d’une autobiographie au sens strict, un portrait saisissant et très attachant de Jean-Michel Ribes. Organisées par thèmes, les « miettes » ou longues pages nous parlent de lui, bien sûr, mais essentiellement à travers les autres. On sent dans chaque anecdote, dans chaque moment de vie qu’il partage une bienveillance sincère, une grande admiration souvent et des brouettes d’amour, dont il n’est pas avare. Il aime les gens, les acteurs, le théâtre, rire, l’absurde, sa famille, la politique, ses amis – y compris quand ils ne sont plus là, il a le sens de la formule, il n’hésite pas à dire clairement aussi ce (et ceux) qu’il n’aime pas, il est plein de fantaisie (ah, ces dimanche après-midi en trio au PLM St Jacques, pour prendre leur dose d’ennui hebdomadaire…) et surtout il ne prétend à rien. On ne sent pas un gramme de prétention dans ces cinq cent dix pages qui se lisent en deux coups de cuillère à pot, on voudrait ralentir le rythme pour mieux savourer mais c’est peine perdue, une page entraîne l’autre et on lit tout d’un coup. Tendre, amusant, subtil.

« Quand André Dussollier disait oui cela ne signifiait pas toujours non »

« Mais avec la nature, impossible d’oublier. Elle nous rappelle qu’on est de petits animaux sans défense, des mammifères plutôt laids à qui elle va filer le cancer. On a construit Venise pour oublier, on va sur la Lune pour oublier, on joue Shakespeare pour oublier, on va voir Pina Bausch pour oublier, on regarde même la télévision pour oublier, mais il y a toujours un ver de terre ou une salade qui brise nos rêves. Cinq mille ans de civilisation approximative pour ne plus jamais vivre dans des cavernes; des milliers d’hommes, jour et nuit, qu’on appelle Docteur luttent contre les dégâts qu’elle nous inflige, mais la mode est d’y revenir, de marcher en Pataugas dans la montagne et de manger bio, c’est-à-dire du vivant, de chier à la feuillée et bientôt peut-être de courir dans les blés blonds avec des yeux bleus devant la forêt noire… Qu’est-ce qu’ils veulent, les amoureux de la nature ? Qu’on redevienne des singes pour grimper dans les arbres qu’ils vénèrent ? »

« Mais rien ne finira donc jamais mal… ! »

« Disons que j’étais déçu en bien »

« Puis, faute de mieux, intéressé par la naïveté de l’auteur pensant qu’il pensait »

« Miettes : Dieu
« Dieu n’a pas d’existence, c’est l’existence. »
Phrase de Beatrix Beck entendue à dis-huit heures à la radio dans ma voiture le 19 avril 1993 place de l’opéra. Elle me transperce. Je reste pensif. Je brûle un feu rouge. Trois cent cinquante francs d’amende. Trop cher, je continue d’être athée. »

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