« Le psychiatre a retrouvé son sérieux et a avoué à Dennis que malheureusement, les parents étaient une variété inconstante. « C’est comme les abricots. Parfois on tombe bien, parfois c’est dégueulasse. » »

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Popcorn

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Popcorn Melody Emilie de Turckheim
Editions Héloïse d’Ormesson, 2015, 204 pages
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Welcome to Shellawick ! Son Pierrier, ses tornades, ses températures qui flirtent avec le point d’ébullition de l’eau, sa poussière et son rien. Rien à faire. Rien à voir. Nulle part où aller. Sauf à l’usine de popcorn, pour bosser comme une brute dans des conditions affreuses. Enfin… Bien sûr il y avait jusqu’à pas longtemps encore un bowling, il y a toujours un bar à putes, et un supermarché. Enfin… Tom Elliott a ouvert une épicerie qu’il appelle supermarché mais qui ne vend que ce qu’il considère comme le nécessaire. Ca vivote, par la grâce du fauteuil de barbier de son père qui recueille nombre des confidences des habitants. Mais un jour les riches popcorniens ouvrent juste en face un vrai supermarché. Un hyper, même. Rutilant, climatisé, moderne. Alors…
Bien sûr tout ceci est exact mais ne compte pas.
Ca commence seulement comme ça.
Ca semble être cette histoire-là, sympathique, sûrement, mais très banale en même temps.
Sauf qu’Emilie de Turckheim a troussé un roman furieusement génial dans lequel on s’immerge avec des exclamations de plus en plus ravies.
Non contente de raconter une très bonne histoire subtile et intelligente, elle a créé tout un monde, un univers, avec son langage propre, ses expressions très personnelles, il y règne une douce fantaisie (très ovaldienne) tout autant qu’une pulsation rugueuse (très rock & roll) et bientôt on en est à redouter que le tas de page restant à lire s’amenuise, on ne voudrait jamais s’arrêter.
Un western adorable et mal élevé.
Coup de coeur !
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« Moi qui n’avais jamais lu ou vu personne lire autour de moi, je suis devenu, en quelques mois, un lecteur affamé. Je ne peux pas dire, comme d’autres dans la même situation que moi, que j’ai été intimidé par les livres de la grande bibliothèque. Dès que je les ai côtoyés, je me suis senti leur égal. Peut-être que ce sentiment de familiarité entre les livres et moi est un fait exceptionnel, compte tenu de mes origines, de mon extraction – comme dirait Fleur avec sa vision géologique des choses. Peut-être que j’aurais dû, avant tout effort d’autobiographie, m’étonner de ce miracle, de cette amitié contre-nature. Je ne me suis pas battu contre les livres. Ils ne m’ont jamais rabaissé. Je n’ai pas consigné les mots, innombrables, que je rencontrais au cours de mes lectures et dont j’ignorais le sens, avec le projet de les mémoriser pour combler les lacunes de mon lexique personnel. Je me suis laissé porter, avec une passivité ardente, et j’ai appris à habiter les livres. J’ai appris à les déchiffrer comme un enfant apprend sa langue maternelle : souplement, en me trompant, sans me rendre compte de la révolution qui était en jeu – et à une vitesse extraordinaire. »
« Dans tous les patelins où il débarquait, Dennis demandait : « L’est où, l’écrivain ? » comme on dirait : « L’est où, l’bureau d’poste ? » Et partout où il allait, il y en avait un. « L’écrivain ? C’est pas compliqué, tu continues tout droit et tu l’trouveras chez Freddie’s en train d’rien foutre… » Ou alors : « Tu l’as en face de toi. J’ai écrit l’histoire de Winnilog depuis sa fondation en 1879. » Ou encore : « L’écrivain ? Tu parles quand même pas de c’vieux con d’Roger qui bosse à la mairie et qui nous les brise avec ses poèmes en d’ssous d’la ceinture ? » Et Dennis répondait : « M’a l’air parfait, c’Roger ! Par où c’est ? » La théorie de Dennis, c’était qu’en passant au peigne fin la tête de cent cinquante gamins, on trouvait forcément un pou. Alors en passant au peigne fin cent cinquante patelins, on trouvait à coup sûr un écrivain. »
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