« C’est comment ? demanda-t-il quelques minutes plus tard. Je veux dire, c’est un bon livre ?
– Oui. Enfin, elle sait écrire, c’est évident…
– Mais ?
– Il y a tellement de violence. Pas de façon explicite, mais c’est une menace constante, en arrière-plan. Des femmes qu’on viole, à qui on fait subir des horreurs. Et elle semble – la femme qui est le personnage principal – elle semble attirée par cette violence, presque. Excitée.
– Et ça te déplaît ?
Hannah eut l’air songeur.
– Je n’ai pas envie que ça me plaise.
– Personne ne t’oblige à le finir.
Hannah sourit.
– Je veux savoir comment ça se termine.« 

Eau dormanteJohn Harvey
Traduit de l’anglais par Jean-Paul Gratias (Still Water 1997)
Rivages / Noir, 2003, 406 pages

Harvey.

Le neuvième tome des enquêtes de Resnick possède une épigraphe mystérieuse et intrigante : « Pour Sarah : quelque chose a changé. »
Peut-être s’agit-il d’une dédicace personnelle (auquel cas j’ignore tout de cette Sarah et des liens qui l’unissent à l’auteur) mais peut-être s’applique-t-elle à l’esprit du roman : en effet, quelque chose a changé. Pour une part, Charlie est en couple – et ça change infiniment les choses, mais surtout les enquêtes menées ici sont empreintes de culture. Hannah est prof de lettres, elle cite aussi naturellement qu’elle respire, une des enquêtes concerne le monde de la peinture (avec la visite en détail d’une exposition Degas – on a l’impression d’y être, vraiment), et plusieurs romans sont également évoqués. Depuis le premier tome, une réflexion est menée sur la phallocratie (au sens large) et elle est particulièrement nourrie ici, avec de nombreux personnages féminins qui prennent une place de plus en plus grande. D’une manière générale, jamais John Harvey ne nous dit ce qu’il faut penser, n’édicte de dogme ou ne récite de vérités premières. Tout comme les enquêtes de Resnick ne trouvent pas toujours leur résolution – parce que c’est ça, la vie; tout n’a pas toujours de solution -, il pose des questions, met à plat des situations (parfois de manière implicite) mais n’en donne pas forcément les réponses ou les clefs. Et on en redemande !

« Bien qu’elle restât largement dans le domaine du non-dit, cette phrase restait en suspens entre eux deux, toujours pas résolue, si tangible que si l’un ou l’autre avait levé le bras, ils auraient pu la toucher, la saisir à pleines mains. »

« De toute façon, dit Findley, quel que soit l’heureux élu, j’espère qu’il aura un peu plus d’expérience que le petit génie qu’on a ici.
– Vous avez des problèmes ?
Findley approcha le combiné de sa bouche et baissa le ton.
– Pour l’organisation, le management, les relations publiques, c’est la huitième merveille du monde. Mais demande-lui de trouver son aisselle gauche un samedi soir, ça m’étonnerait qu’il y arrive sans une lampe-torche et une carte d’état major à grande échelle.« 

« A cause de Degas. Comment le qualifie-t-elle, déjà ? Ah, oui. Le représentant rassis d’une forme agonisante d’art bourgeois, qui exploite à n’en plus finir son talent pour la misogynie à répétition. »

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