Adam
La renverseOlivier Adam
Flammarion 2016, 267 pages
Ce qu’on entend beaucoup, à propos de ce roman, c’est le scandale politique qu’il contient et les rapprochements possibles avec les personnalités l’ayant inspiré : s’attendre à voir ça développé c’est s’exposer à une désillusion. Olivier Adam écrit encore et toujours le même roman, celui d’un personnage lunaire et vaguement désenchanté – mais jamais tout à fait – qui exsude la Bretagne par tous les pores et est nanti d’un contexte familial compliqué.
Alors, oui, Antoine est l’un des fils de l’ex-adjointe d’un sénateur-maire impliqué (avec elle) dans un scandale sexuel médiatisé. Ca s’est passé il y a dix ans et la mort de celui qui était bien vite redevenu maire vient remettre tout ça dans sa mémoire. Mais « tout ça », c’est bien vague à ses yeux, car s’il a effectivement tout vécu aux premières loges – et si ça a conditionné la bifurcation de sa vie postérieure – il n’a jamais ni réellement compris ni cherché à creuser. Il ne sait même pas, au fond, qui étaient ses parents, quelle personnalité était la leur, lorsque son frère ou sa tante lui évoquent des souvenirs il ne parvient presque pas à les croire. C’est comme s’il avait toujours été absent de sa vie…
Pour moi le noeud du roman est beaucoup plus cet aspect-là, un homme adulte qui s’interroge sur lui-même, que tous les autres éléments qu’il contient par ailleurs.
Et ça possède une force, tout en étant l’archétype du personnage adamien. Toujours pareil, donc, mais réalisé avec une maîtrise de plus en plus construite, qui donne une fluidité et un plaisir de lecture véritable.
« Jacques m’a assuré qu’il se sentait suffisamment en forme pour assumer deux jours seul à la librairie. Ce n’était pas ça qui allait le tuer. Je ne voyais pas très bien ce qui l’empêchait de simplement tirer le rideau. Je lui en ait fait la remarque. Pour les trois péquins qui viennent en cette saison. Ils ne mourront pas de trouver porte close. Il a secoué la tête. A ses yeux la chose était purement inenvisageable. C’était comme commettre une obstruction. S’opposer volontairement à la nécessité de lire. La nier en un sens. Déjà qu’il n’encaissait pas de devoir fermer le dimanche, au motif que la librairie ne figurait pas au rang des commerces de première nécessité. Quand on voit le niveau de connerie ambiante, grommelait-il, on sent bien à quel point c’en est un, de foutu produit de première nécessité. J’acquiesçais, même si, scrutant les livres qui nous entouraient et, parmi eux, ceux sur lesquels se ruaient la plupart de nos clients, ils n’étaient pas si nombreux, en définitive, les ouvrages susceptibles de répondre à cette notion. Mais je m’abstenais d’en faire la remarque. Contrairement à Jacques, je ne me sentais pas en mission. Je n’avais pas la prétention d’oeuvrer pour le bien de l’humanité, ni de mener un combat crucial contre la connerie et l’inculture. Surtout pas en vendant ces pelletées de romans de gare et de documents écrits à la hâte sur tel ou tel sujet du jour. Malgré tout j’étais bien parmi les livres. Ceux que j’aimais, et que je laissais immédiatement visibles, plaçais en évidence. Les clients n’avaient pas beaucoup d’importance là-dedans. Bien sûr, je n’étais pas mécontent quand je parvenais à fourguer un bouquin qui me tenait à coeur, bien sûr il n’était pas désagréable de discuter de tel ou tel auteur avec certains habitués, mais enfin, l’essentiel était pour moi d’être là, parmi ces milliers de pages (…).« 
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