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Coeurs solitaires John Harvey
Editions rivages, 1993, 346 pages
Traduit de l’anglais par Olivier Schwengler (Lonely Hearts 1989)

« Rachel se leva pour étirer les muscles de son dos.
– Tu devrais essayer la technique Alexander, observa Carole.
– C’est ce truc où tu es allongée sur le dos pendant que quelqu’un te marche dessus ?
– Tu exagères un peu.
– Ca ne m’a jamais trop rien dit. Peut-être parce que ça me rappelle trop ma vie sentimentale.« 

On a beau lire tout ce qu’on peut, on s’aperçoit inexorablement de l’ampleur de notre ignorance : je n’avais jamais entendu parler de John Harvey avant de lire ce billet de Jean-Marc. Pourtant cet auteur est prolifique, à tel point qu’il a usé de nombreux pseudos pour dissimuler sa boulimie d’écriture (ça me fait penser à Stephen King, c’est effarant tout de même cette façon que nous avons de juger l’excès, pourquoi faire quoi que ce soit d’une manière qui s’extrait de la norme communément admise est-il automatiquement jugé de qualité moindre ?) – et sa plume est solide.
La série concernant Charlie Resnick comporte (à ce jour) douze volumes (tous parus chez Rivages), « Coeurs solitaires » est le premier.
On y fait la connaissance de cet inspecteur, immédiatement attachant (je suis également en train en ce moment de regarder « River », du coup je l’imagine ressemblant à Stellan Skarsgård – et j’aime ce que j’imagine). D’origine polonaise, il est divorcé sans enfants, la quarantaine, quatre chats, gourmand, amateur de jazz.
Pas super marrant, mais sensible et honnête.
La série se déroule à Nottingham (dans les Midlands), et on attaque par le meurtre de deux femmes, la piste s’oriente vers les petites annonces sentimentales…
Ca fonctionne tout de suite parce que l’enquête proprement dite est fermement étayée par tout un contexte social et psychologique qui sonne juste. On est harponné dès les premières phrases, on se sent vraiment bien dans l’univers de Charlie Resnick, et je me réjouis de lire la série entière !

Ici, l’enquêteur Patel interroge toutes les personnes ayant envoyé une réponse à la petite annonce d’une des victimes. Ce bref passage m’a tordu le coeur :

« Martin Meyers travaillait comme volontaire pour une oeuvre de charité de l’église Anglicane, qui offrait repas, vêtements d’occasion et gîte provisoire pour personnes dans le besoin. Il devait assurer trois après-midi par semaine, deux cantines et une permanence de nuit un week-end sur deux. Pendant un temps, il avait travaillé le matin dans une boutique d’aliments macrobiotiques, mais cela avait posé des problèmes avec les membres à plein temps du collectif et on lui avait demandé de partir. Du vivant de sa mère, il pouvait compter sur l’allocation vieillesse, mais à présent…
Ceci mis à part, ses besoins étaient modestes, et, depuis qu’un café avait ouvert au-dessus, à la bibliothèque, il prenait quelque chose là, le matin, et cela semblait lui faire la journée.
« J’étais à la recherche, depuis que maman nous a quittés, de quelqu’un avec qui pouvoir vivre un échange. Une personne gentille, agréable. Tant de choses nous interpellent, dont il faut parler. Maman et moi, nous parlions, bien sûr. Elle était merveilleuse, si vive, si alerte, enfin presque jusqu’au bout. Et maintenant…
Patel prenait note consciencieusement, sans encourager ni interrompre la triste litanie.
« … J’aurais tant voulu établir le contact, trouver les mots qui la toucheraient, mais, bien sûr, elle n’a jamais répondu. » »

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