une-pluie-sans-fin-

Une pluie sans finMichael Farris Smith

Super 8 éditions, 2015, 439 p.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Michèle Charrier (Rivers 2013)

« De la solitude naît l’originalité, la beauté en ce qu’elle a d’osé,

et d’étrange, le poème. Et de la solitude aussi,

les choses à rebours, désordonnées, absurdes, coupables.« 

Thomas Mann, La Mort à Venise

C’est l’histoire de Cohen, qui était autrefois un homme heureux. Dans son sud des Etats-Unis, il construisait des maisons, était un mari comblé et bientôt un futur papa. Puis il y a eu Katrina et à sa suite une succession de tempêtes, tornades et autres cyclones qui ont dévasté la région et installé une pluie sans fin. Le Mississippi a débordé, les maisons se sont effondrées/envolées et la gouvernement a décrété la zone inhabitable et établi une limite : évacuation totale et abandon du territoire. Cohen est resté, veuf inconsolable. Son quotidien est solitaire, rude, âpre, ses souvenirs lui permettent de s’échapper ponctuellement (dans une narration imbriquée qui permet un effet renforcé). Mais ceux qui traînent encore sur ce territoire désolé sont devenus dangereux (« Cohen remonta sa vitre. Le type recula, fit volte-face et rejoignit ses collègues. Au moment de passer la première, pourtant, Cohen se figea, dit aux autres de l’attendre puis s’empressa de descendre de la cabine en appelant les patrouilleurs, qui regagnaient le poste de contrôle. Ils s’arrêtèrent, et il les rattrapa en courant pour leur demander s’il y avait quoi que ce soit de particulièrement dangereux dans le coin.  « Oui », répondit l’un deux, après un échange de regards amusés. « Tout ce qui a deux bras, deux jambes et un cerveau pour les actionner. »« ) et les tempêtes, de plus en plus violentes, le contraignent à partir, à tenter de rejoindre la limite. Sur sa route il rencontre des compagnons d’infortune…

En quatre parties bien distinctes « Une pluie sans fin » se rèvèle bien plus qu’un simple roman postapocalyptique. Il en contient tous les éléments effrayants et l’aridité inhérente à la notion de survie, mais dans les réminiscences du héros se tiennent des subsides d’humanité transcendées par exemple par l’analyse que faisait son épouse du roman « La Mort à Venise » de Thomas Mann. Il y a quelque chose du western dans tout ça, tous les codes en sont là également, et les scènes d’action, lestées par le poids de l’humidité constante n’en sont pas le moins du monde alourdies. On suit le tout de ligne en ligne, le coeur s’accrochant presque à notre insu à quelques figures qui émergent, pour le terminer – signe qui ne trompe jamais – en faisant reposer longuement notre main sur le livre refermé, en communion totale avec la belle Mariposa.

Publicités