Wilson

Les ChronolithesRobert Charles Wilson
Denoël 2003 & Folio 2007, 448 pages
Traduit de l’américain par Gilles Goullet (The Chronoliths 2001)

« Chronos, le temps, et lithos, la pierre, n’était-on pas là au coeur du problème ?« 

« Le temps a passé.
Dois-je m’excuser pour ces trous, une année ici, une autre là ? Après tout, l’histoire n’est pas linéaire, elle s’écoule en hauts-fonds et en passages étroits, en bayous et en baies. (Sans oublier les courants traîtres et les tourbillons cachés.) Et relater ce qu’on a vécu est aussi une espèce d’histoire.
Mais cela dépend sans doute de pour qui j’écris, ce que je n’ai toujours pas déterminé. A qui suis-je en train de m’adresser ? A ma génération, dont tant sont morts ou vont mourir sous peu ? A nos descendants, qui n’ont pas forcément vécu ces événements, mais les ont étudiés à l’école ? Ou à une génération plus lointaine d’hommes et de femmes qu’on aurait autorisée, plaise à Dieu et si impossible que cela paraisse, à oublier une petite partie de ce qu’a connu ce siècle ?
En d’autres termes, jusqu’où dois-je expliquer, quel niveau de détails dois-je donner ?
Mais la question est purement théorique.
En réalité, nous ne sommes que deux, ici.
Moi. Et vous. Qui que vous soyez. »

Scott est en vacances en Thaïlande; pas tout à fait en vacances, en fait, installé là parce qu’il avait accepté un boulot qui a fait long feu et le voilà maintenant en train de (mal) gérer son couple conflictuel avec une petite fille encore bébé. Il traîne avec un voisin, avide de saisir toutes les occasions de ne pas rentrer chez lui. Et soudain… le premier Chronolithe. Un monument qui surgit brutalement, entier, imposant, fait d’une matière inconnue, et qui comporte une inscription célébrant une victoire qui aura lieu dans vingt ans. Scott nous raconte, a posteriori, maintenant qu’il est un vieil homme. Tout. Ce qui s’est passé, pourquoi (ce qu’il en a compris), comment. Tout en sachant pertinemment (et pour cause) que ce n’est qu’une version. Possible. Parmi d’autres…

Un roman qui ne perd jamais sa dimension humaine (on s’intéresse à Scott, son regard est toujours familier) tout en faisant surgir des concepts et une profondeur totalement séduisants. Une guerre qui se mène depuis le futur, qui se gagne par la force de persuasion, des coïncidences qui n’en sont pas, un suspens très nourri : excellent.

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