Le Silence pour preuve Gianrico Carofiglio Seuil Policiers

Le silence pour preuveGianrico Carofiglio
Seuil, 2011, 248 pages
Traduit de l’italien par Nathalie Bauer (Le Perfezioni provvisorie 2009)

« Contre l’imprévisibilité, contre la chaotique incertitude de l’avenir, le remède se trouve dans la faculté de faire et de tenir des promesses. » Hannah Arendt (in Condition de l’homme moderne, trad. Georges Fradier, Calmann-Levy 1961)

Après « Les yeux fermés », « Témoin involontaire » et « Les raisons du doute », j’ai lu « En attendant la vague » de Gianrico Carofiglio qui n’est pas un polar, et qui m’a semblé plus faible, plus « fabriqué ». Je n’en ai éprouvé que plus de plaisir à lire ce nouvel opus de l’avocat Guido Guerrieri que j’ai trouvé plus abouti que les précédents, soigné et riche de milles et une choses. Sollicité pour dénicher dans l’enquête sur une disparition de quoi éviter le classement du dossier, notre ami avance d’un pas incertain dans les traces de ses héros de papier (et résout d’ailleurs le cas par une sorte de fulgurance à la Holmes, qu’il lui doit de plus directement, jolie mise en abyme); ce faisant, il en raconte beaucoup sur lui-même, ce qu’il est, ce qu’il pense, ce qu’il condamne, et sachant que les livres occupent une part non négligeable de sa vie, le lecteur boit du petit lait. Guido tient par exemple les mocassins à gland comme un révélateur fiable du caractère d’un homme (à charge, évidemment), connait une relation suivie avec un sac de sable et aime à marcher seul la nuit. Diablement attachant.

« Tu as des règles, Guerrieri ? m’avait demandé Tancredi.
– Des règles ? Non, je n’y ai jamais réfléchi. Pas explicitement, tout au moins. Mais peut-être bien que oui, oui. Et toi ?
– Moi aussi.
– Lesquelles ?
– Je suis flic. La première règle, pour un flic, consiste à ne pas humilier les individus auxquels il a affaire dans son boulot. Exercer un pouvoir sur les autres est un truc obscène, et le respect est la seule façon de rendre ça tolérable. C’est la règle la plus importante, mais aussi la plus facile à transgresser. Et toi ?
– Adorno disait que ne jamais se sentir chez soi, pas même dans sa propre maison, est le plus haut degré de la moralité. Je partage cette opinion. Il ne faut jamais se sentir trop à son aise, mais être toujours un peu déplacé.
– Exact. J’ai une autre règle, qui concerne les mensonges. Il importe d’en dire le moins possible aux autres. Et aucun à soi-même. »
Il avait marqué une pause et ajouté : « Naturellement, c’est impossible, mais il convient au moins d’essayer. » »

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