McDermott

SomeoneAlice McDermott
Quai Voltaire, 2015, 265 pages
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Arnaud

« Debout à une extrémité de la table, mon frère s’était lancé dans un grand discours, pendant que ma mère remplissait les assiettes. Nous étions assises toutes les deux, la tête levée vers lui. C’était là le langage des hommes timides, me dis-je, des hommes trop seuls avec leurs lectures et leurs idées – sur la politique, la guerre, les pays lointains, les tyrans. Des hommes qui préféraient enfouir la tête là-dedans, plutôt que de voir le simple chagrin d’amour d’une femme. »

« Someone », c’est une vie de femme. Brooklyn, le quartier irlandais, des années 30 à sa grande vieillesse, elle nous raconte, par anecdotes, par petits moments tout simples, sans chronologie, et surtout sans exhaustivité, toutes ces petites et grandes choses qui font une vie. Marie est une personne effacée, qui a reçu une éducation attentive et qui observe plus qu’elle ne participe, sans toujours comprendre ce qu’elle voit. Elle passe beaucoup de temps à évoquer (et faire revivre, avec succès) son enfance, l’environnement qui a déterminé sa façon d’être au monde, puis mentionne beaucoup plus brièvement quelques passages plus tardifs, mais qui, lestés de tout leur contexte, sont reçus très fortement par le lecteur. La plume d’Alice McDermott est d’une élégante précision, elle nous embarque à ses côtés, on se sent gagné peu à peu par une affection très solide. Aucune affectation, pas de grands effets de bras mais un roman puissamment évocateur et d’une tendresse infinie. Mention spéciale à ce merveilleux Mr Fagin grand fan de Dickens (et un tout petit peu rancunier ;o))

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